VICENTE PRADAL

"un poète plus proche du sang que de l'encre, un poète plein (les voix mystérieuses que lui-même, heureusement ne sait pas déchiffrer)... ; un homme véritable qui sait bien que le jonc et l'hirondelle sont plus éternels que la joue dure de la statue ». Ces mots de Federico Garcia Lorca présentant Pablo Neruda, en 1934 à Madrid, semblent se prolonger pour Vicente Pradal. Vicente est poète par sa mise en rêves des grands appels qui parlent en lui, par sa musique, sa voix presque timide qui s'élève comme fumée au ciel. Vicente est poète avant tout et malgré tout de ce monde. Et seule la poésie peut raconter les rêves. Lui, nous la rend sur scène aux heures de sa musique vêtue. Et la lune, si présente en sa musique, ne rate aucun de ses spectacles. Quand nous viendrons à nous éteindre la lune sera d'ailleurs plus vieille. Et "la nuit cueillie avant que d'être mûre" s'assied doucement en attendant son tour de danser. Le rêve des chevaux reste oublié par terre, l'artiste de flamenco le ramasse et le fait sien. Et le "duende" souffle comme vent spirituel sur ses paysages. Entendre sa musique c'est entendre les visites furtives entre les chevaux et leurs souffles, entre la lune et son reflet, c'est entendre le sommeil des gitans. Le duende c'est croiser les doigts sur le corps de la guitare-femme pour la durée du monde. Lorca disait que le véritable combat se livre contre le duende, ce qui vous brûle sang et vous transfigure. Entre nous les fleuves se baissent, et montent les lunes célibataires Il plonge corps et âme dans la poésie qu'il veut faire revivre, il s'immerge tant et tant qu'on peut entendre et lire leurs poèmes sur sa peau, sur sa guitare. Ce qui se joue nous dépasse, seul compte le souffle des paroles dites, les volutes des notes. Il arrive haut de soleil et haut d'amitié le front éclaboussant déjà des accords. Il connaît son épreuve, il éprouve son arène car chanter le flamenco c'est comme chevaucher sur le dos de la nuit. Ne pas tomber, ne pas tomber car il n'est plus guidé par la mesure des doigts, mais par cette transe qui monte de toutes les nuits en lui. Et alors il faut une sentinelle, un berger de la lune pour coudre nos rêves dans des feuilles de palmes et ensevelir nos peines dans les oliviers. Il sait Vicente qu'il faut aussi être un meneur de loups. Il a entrevu au loin et il sait que "Grenade était une lune, noyée parmi les herbes". Il parle aussi des racines amères de l'amour, celles qui mordent. Plus loin il sera donné quelques balises sur Vicente Pradal , cela ne peut suffire quand on veut évoquer tout le soleil noir de la musique de Vicente Pradal, sa braise rouge emmêlée. Je préfère lui écrire ceci en écoutant ses spectacles: Nous existerons quand enfin sera dépassé le cercle du soleil Réconciliés avec les ombres au sourire d’infini nous attendrons Il suffisait de savoir que la mort suit le soleil à son couchant et d’attendre Nous attendrons... Nous existerons pour l’exemple Le cercle sera tourné Un grand couvre feu viendra de nous Nous existerons pour les rêves On ne peut rendre contre de la volatilité de la musqué que par quelques empreintes dans les mots, voilà ce que furent les empreintes de Vicente Pradal à son écoute. "Les statues s'écroulent tandis que s'ouvre la grande porte" Lorca. Voici la porte est grande ouverte dans l'oeuvre de vicente Pradal. La fontaine versera pour elle des pleurs tremblants et éternels. dit Neruda. La musique de Vicente est cette fontaine à nous donnée. Et on y entend aussi bien des chevaux au galop que les mains du feu et de l'amitié. Les moulins à eau des paroles lointaines tournent doucement, le sommeil des chevaux monte vers nous. Le flamenco a laissé un avis de passage, il a dit qu’il repassera quand nous aurons trouvé les sept terres de Cibbola et le pays des treize vents. Aprés la toilette des araignées du matin il ne restera que des flaques de ciel et des souvenirs de musique. Sur la lune glissent les couleuvres vers la face cachée de nous-mêmes.

                                                     GIL PRESSNITZER

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