J'ai écrit mon identité
A la face du vent
Et j'ai oublié d'écrire mon nom.

Le temps ne s'arrête pas sur l'écriture
Mais il signe avec les doigts de l'eau

Des voix
Fenêtres sur les murs des mots.

Dans mon enfance
Les mots échappaient à mes lèvres entrouvertes
Comme une femme enceinte.

Les arbres de mon village sont poètes
Ils trempent leur pied
Dans les encriers du ciel.

Se fatigue le vent
Et le ciel déroule une natte pour s'y étendre.

Comment expliquer à l'arbre le goût de ses fruits ?
Comment expliquer aux cordes le travail de l'arc ?

La mémoire est ton ultime demeure
Mais tu ne peux l'y habiter
Qu'avec un corps devenu lui même mémoire.

Dans le désert de la langue
L'écriture est une ombre
Où l'on s'y abrite.

Le plus beau tombeau pour un poète
C'est le vide de ses mots.

La langue de la rose c'est son parfum

La plus profonde des rencontres
N'a lieu que dans la pénombre
Est-ce que la lumière est séparation
Ou signe de séparation ?

La pénombre n'est guère l'antithèse du soleil
Elle est plutôt son «autre» lumière.

Peut être que la lumière
T'induira en erreur
Si cela arrive
Ne craint rien, la faute est au soleil

ADONIS

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