LE VENT DANS L’ÎLE

« Le vent est un cheval :
écoute comme il court
à travers mer et ciel.

Pour m’emmener : écoute
comme il parcourt le monde
pour m’emmener au loin.

Cache-moi dans tes bras,
cette nuit solitaire,
tandis que la pluie blesse
à la mer, à la terre,
innombrable, sa bouche.

Entends comme le vent
m’appelle en galopant
pour m’emmener au loin.

Ton front contre mon front,
ta bouche sur ma bouche,
nos deux corps amarrés
à l’amour qui nous brûle,
laisse le vent passer,
qu’il ne m’emporte pas.

Laisse courir le vent
d’écume couronné,
qu’il m’appelle et me cherche
en galopant dans l’ombre,
tandis que moi, plongé
au fond de tes grands yeux,
cette nuit solitaire,
amour, reposerai. »

Pablo Neruda, L'Amour, Les Vers du capitaine

zanzibar19