Ombres du jour blanc
Contre mes yeux. Je ne vois
Rien hormis le blanc.
L'heure blanche. L'âme
Affranchie du désir et de l'heure.


Blancheur des eaux mortes,
Oeil ouvert, heure aveugle.
Frotte ton silex, mémoire, flambe
Contre l'heure et son ressac,
Mémoire, flamme nageant.



                        

Détaché de mon corps, détaché
Du désir, je retourne au désir,
A la mémoire de ton corps. Je retourne.
Et ton corps flambe en ma mémoire,
Et flambe en ton corps ma mémoire.


Corps qui fut Dieu, qui fut corps embrasé,
Dieu qui fut corps et fut corps déifié,
Or il n'est plus que mémoire
D'un corps délié d'un autre corps :
Ton corps est mémoire de mes os.



                        

Ombre solaire sombre faucille
Cerne la cécité de mes sources
Dénoue le noeud scie le désir
Eteins l'âme exténuée


Mais la mémoire démembrée nage
De ses naissances à son néant
Toute montée de son avènement
Elle nage outre remous et mandement


Elle nage contre le nul
Ardeur de l'eau
Langue de feu scintille l'eau
Pentecôte mot sans mots


Sens privé de sens Penser
Non pensé qui mémoire transfigure
Le reste est brassée d'étincelles.


OCTAVIO PAZ

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