lundi 31 décembre 2007
JACQUES SALOME...
Rainer Maria Rilke dit, dans les "lettres à un jeune poète" :
« l’amour est difficile…l’amour d’un être humain pour un autre, c’est peut-être l’épreuve la plus difficile pour chacun de nous… »
Ce n’est pas l’amour qui est difficile ou douloureux, c’est la relation.
Il appartient à chacun d’avoir l’honnêteté de s’interroger sur la relation qu’il propose, celle qu’il accepte ou subit… venant de l’autre. L’épreuve la plus terrible est de découvrir notre incapacité à nous aimer.
Quand l’amour de soi est absent, nous n’avons d’autre ressource que celle d’imposer notre besoin d’être aimé, de celle de laisser croire à l’autre en notre amour… pour obtenir son attachement.
L’amour est un cadeau que nous ne savons pas toujours recevoir ou donner.
Et encore...
L’amour se présente trop souvent comme un prématuré que nous voulons lancer dans la vie sans lui avoir permis de grandir encore un peu en nous, sans lui avoir donné les moyens de vivre dans la liberté d’être
JACQUES SALOME
dimanche 30 décembre 2007
VOIR UN AMI PLEURER...
Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendres
Il n'y a plus d'Amérique
Bien sûr l'argent n'a pas d'odeur
Mais pas d'odeur me monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais voir un ami pleurer !
Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d'être encore debout
Bien sûr les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr nos cœurs perdent leurs ailes
Mais voir un ami pleurer !
Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais voir un ami pleurer !
Bien sûr nos miroirs sont intègres
Ni le courage d'être juifs
Ni l'élégance d'être nègres
On se croit mèche on n'est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu'on n'est plus étonnés
Que par amour ils nous lacèrent
Mais voir un ami pleurer
JACQUES BREL
AMOUREUX ET SAVANTS
Amoureux et savants qui avez le génie,
la patience et le goût d'approfondir la vie,
tout ce que nous pouvons et tout ce que nous sommes.
Amoureux et savants dites qu'est-ce que l'homme ?
Ce corps fait pour la faim et la soif et l'effort,
et le vieillissement, les frissons et la mort,
ou bien cet univers cette harmonie parfaite
dès que l'esprit l'éclaire et que l'âme s'y reflète.
Amoureux et savants dites qu'est-ce que l'homme ?
Nos pieds baignent dans l'eau mais la source est cachée,
il faut la chercher seul très haut sur les montagnes
comme le vrai amour au bout du sacrifice.
On a soif, on renonce, on boit là où l'on est,
on s'aime comme on peut, on échange ses vices,
ses jours de plénitude et ses années de vide,
on s'exerce au plaisir, jamais à la maîtrise,
on se couvre de vase et on s'idéalise,
les hommes d'un côté, les femmes de l'autre,
jamais vraiment uni, jamais vraiment sincère,
orgueilleux et bavards on meurt, on s'accompagne,
résonnant sur ce monde et résonnant sur l'autre,
on quitte cette vie ne l'ayant pas comprise
tout nu et à grand peine on entre et sort du temps,
et le plus amoureux comme le plus savant,
celui qui s'extasie, celui qui persévère,
après bien des années, après bien des souffrances,
sait reconnaître en tout le goût de la poussière,
mais parfois parmi nous un chant d'amour s'élève
qui guérit le malade et nous rend l'espérance,
le chant des incompris, la voix pourtant si claire
de ceux qui ont vécu, de ceux qui ont souffert
avec humilité, avec intelligence,
et un monde s'éveille où règne la lumière.
Monde où l'amour et l'eau sont d'une autre nature,
L'amour a la clarté des sources les plus pures
et l'eau comme l'amour donne donne la vie.
GIANI ESPOSITO
SALVADOR DALI
DITES SI C'ETAIT VRAI
Dites, dites, si c'était vrai
s'il était né vraiment à Bethléem, dans une étable
dites, si c'était vrai
si les rois Mages étaient vraiment venus de loin, de fort loin
pour lui porter l'or, la myrrhe, l'encens
dites, si c'était vrai
si c'était vrai tout ce qu'ils ont écrit Luc, Matthieu
et les deux autres,
dites, si c'était vrai
si c'était vrai le coup des Noces de Cana
et le coup de Lazare
dites, si c'était vrai
si c'était vrai ce qu'ils racontent les petits enfants
le soir avant d'aller dormir
vous savez bien, quand ils disent Notre Père, quand ils disent Notre Mère
si c'était vrai tout cela
je dirais oui
oh, sûrement je dirais oui
parce que c'est tellement beau tout cela
quand on croit que c'est vrai.
JACQUES BREL
- 1958
Nativité de Jacques Muller
ENTRE L'AMOUR ET L'AMITIE
Entre l'amour et l'amitié
Il n'y a qu'un lit de différence,
Un simple "pageot", un "pucier"
Où deux animaux se dépensent,
Et quand s'installe la tendresse
Entre nos corps qui s'apprivoisent,
Que platoniquement je caresse
De mes yeux ta bouche framboise,
Alors l'amour et l'amitié
N'est-ce pas la même romance ?
Entre l'amour et l'amitié
Dites-moi donc la différence...
Je t'aime, mon amour, mon petit,
Je t'aime, mon amour, mon amie...
Entre l'amour et l'amitié ils ont barbelé des frontières,
Nos sentiments étiquetés,
Et si on aime trop sa mère
Ou bien son pote ou bien son chien,
Il paraît qu'on est en eau trouble,
Qu'on est cliniquement freudien
Ou inverti ou agent double,
Alors qu'l'amour et l'amitié
Ont la même gueule d'innocence,
Entre l'amour et l'amitié
Dites-moi donc la différence...
Je t'aime, mon amour, mon petit,
Je t'aime, mon amour, mon ami(e)...
Entre l'amour et l'amitié
La pudeur a forgé sa chaîne,
A la barbe du monde entier
Et de ses gros rires gras de haine,
Bon an, mal an, les deux compagnes
Se dédoublent ou bien s'entremêlent,
Comme sur la haute montagne
Le ciel et la neige éternelle,
Entre l'amour et l'amitié
Se cache un petit bout d'enfance,
Entre l'amour et l'amitié
Il n'y a qu'un lit de différence...
Je t'aime, mon amour, mon petit,
Je t'aime, mon amour, mon ami(e)!
HENRI TACHAN
SANS L'OUBLIER
Sans l'oublier, on peut fuir ce qu'on aime.
On peut bannir son nom de ses discours,
et, de l'absence implorant le secours,
se dérober à ce maître suprême,
sans l'oublier !
Sans l'oublier, j'ai vu l'eau, dans sa course,
porter au loin la vie à d'autres fleurs ;
fuyant alors le gazon sans couleurs,
j'imitais l'eau fuyant loin de la source,
sans l'oublier !
Sans oublier une voix triste et tendre,
oh ! que de jours j'ai vus naître et finir !
Je la redoute encore dans l'avenir :
C'est une voix que l'on cesse d'entendre,
sans l'oublier !
Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)
(Fragments)
vendredi 28 décembre 2007
FEDERICO GARCIA LORCA
Les guitares jouent des sérénades
que j'entends sonner comme un tocsin
mais jamais je n'atteindrai Grenade
"bien que j'en sache le chemin."
Dans ta voix
galopaient des cavaliers
et les gitans étonnés
levaient leurs yeux de bronze et d'or ;
si ta voix se brisa
voilà plus de vingt ans qu'elle résonne encore
Federico García !
Voilà plus de vingt ans, camarades
que la nuit règne sur Grenade.
Il n'y a plus de prince dans la ville
pour rêver tout haut
depuis le jour où la guardia civil
t'a mis au cachot,
et ton sang tiède en quête de l'aurore
s'apprête déjà ;
j'entends monter par de longs corridors
le bruit de leurs pas.
Et voici la porte grande ouverte,
on t'entraîne par les rues désertées,
ah ! Laissez-moi le temps de connaître
ce que ma mère m'a donné.
Mais déjà,
face au mur blanc de la nuit,
tes yeux voient dans un éclair
les champs d'oliviers endormis,
et ne se ferment pas
devant l'âcre lueur éclatant des fusils
Federico García.
Les lauriers ont pâli, camarades
le jour se lève sur Grenade.
Dure est la pierre et froide la campagne
garde les yeux clos,
de noirs taureaux font mugir la montagne
garde les yeux clos,
et vous gitans, serrez bien vos compagnes
au creux des lits chauds,
ton sang inonde la terre d'Espagne
O Federico !
Les guitares jouent des sérénades
dont les voix se brisent au matin,
non jamais je n'atteindrai Grenade
"bien que j'en sache le chemin"...
Paroles C.H. Vic, musique Jean Ferrat - 1968
LA TIERRA DE ALVARGONZALEZ
¡Oh tierras de Alvargonzález,
en el corazón de España,
tierras pobres, tierras tristes,
tan tristes que tienen alma!
Páramo que cruza el lobo
aullando a la luna clara
de bosque a bosque, baldíos
llenos de peñas rodadas,
donde roída de buitres
brilla una osamenta blanca;
pobres campos solitarios
sin caminos ni posadas,
¡oh pobres campos malditos,
pobres campos de mi patria!
-- Antonio Machado, La Tierra de Alvargonzález
samedi 22 décembre 2007
PARA QUE YO ME LLAME ÁNGEL GONZÁLEZ
Para que yo me llame Ángel González, ANGEL GONZALEZ
|
jeudi 20 décembre 2007
BOIS FLOTTES
Que sur la plage enfin apaisée,
Ce matin, quelques bois flottés
Dormaient sur le sable séché.
Ces bois arrachés aux forêts,
ont bien des voies empruntées
pour se retrouver ici ensablés.
Bois de chapelles, bois vénéré,
Bois de pillage, bois chapardé,
Bois de chaloupe, bois navigué,
Bois de rafale, bois envolé,
Au Mouré Rouge alors abandonnés,
Ici se laissent toucher, ramasser,
Et déposer dans le cabas puis porter
A l’atelier pour y être apprêtés,
Déjà par le sel et l’usure lustrés.
Le Mistral a tant soufflé,
Au bord de la méditerranée,
Que sur la plage enfin apaisée,
Ce matin, quelques bois flottés
Dormaient sur le sable séché.
De ces formes par la nature nées,
Sculptées dans l’eau et ballottées,
Limées contre les rochers et bercées,
peaufinées par le grain tamisé.
Bois flottés, bois d’été
Voyageurs des mers pétrolées,
Azurés par les lessives répétées,
entre le ressac et les cavités
des criques lourdement frappées.
Entre les galets, une fois déposés,
Des îles de Lérins partiront naviguer,
Au gré des ventadins légers.
Le Mistral a tant soufflé,
Au bord de la méditerranée,
Que sur la plage enfin apaisée,
Ce matin, quelques bois flottés
Dormaient sur le sable séché.
Bois flottés au soleil torturés
Blanchissez encore imbrûlés
Des flammes de l’été,
Exhalez le parfum de la méditerranée,
Des filets remontés,posidonies séchées,
Odeur mêlée d’ambre et de sel évaporé.
Mêlez vous aux oursins échoués,
Aux coquillages et objets trouvés,
Frottez vous aux barques engravées,
Aux flotteurs en liège des lignes brisées,
Pour que votre splendeur soit magnifiée
Quand en un objet elle sera transformée.
ROSALIE















