Quand la mélodie se lève vers le ciel
dans le vide qui se meut insouciant tranquille
l'histoire se fait toute petite toute conne
la mélodie est simplement un hymne à l'amour

Depuis toujours l'histoire se répète
l'amour se bat pour la vie
et la connerie pour la mort

L'aigle sourit et continue son élan
d'un simple coup d'aile

Le palmier est témoin que le désert est vie

Tamawayt , longue mélodie des montagnes
lancée par une femme amazighe
déchire la vie
l'espace et le temps
arrive jusqu'à Dieu qui
ne pouvant pas se dérober
accorde sa bénédiction à l'amour
n'en déplaise aux marchands de la mort

Voici ce que dit la mélodie :
« Aghak tawnza g errhen ad ur kinn itfar umarg
Akk enghin egg ubrid ur tessint »
Traduction

'Prends cette mèche de mes cheveux
afin que l'amour ne te poursuive
et te tue sur ces chemins inconnus'

Amarg amarg a y amarg a y amarg
Ul inw ul inw a y ul inw ak iran

Tamawayt
cri de l'amour à la face de la mort
cri de bonheur au milieu de la détresse

Orphée
amarg
ahidus
et le temps
le temps que seule
la musique
peut abolir

Illusion de l'éphémère
demeurent seuls des instants
éternels

L'aigle sourit au trait bleu
La mélodie se lève vers le ciel
La fleur blanche s'épanouit

L'amour s'en va vers les vagues
où le poète tout tremblant
admire la clé
des premiers temps

NOUS NE SOMME TOUT DE MEME PAS
DES POTEAUX TELEGRAPHIQUES

Homme
tu n'es qu'un instant
et pourtant
tu es la durée

Apprendre ce qu'on tait
Refuser ce qu'on dit
sur le pallier de l'amour
pour la vie

Des pensées en transe frôlent le vertige
Et dire qu'un jour
la tente noire était là

Demain je referai le périple fortuit
à ta recherche
je suivrai la vie sans la retenir
je sèmerai la mémoire
contre l'amnésie
L'émoi n'est qu'un écho de plus
pour mon brasier

Adieu sirène nuptiale
Je m'en vais de ce pas pour le dernier regard

Non attends
La vie a vieilli loin de l'île
Le lys s'incline devant tes cils
Et l'eau brode les cris des fossiles

Le mot s'élance vers le blé
vers la mer brûlante
vers l'arc en délire
vers Atlas ailé

Et tes pas chavirent sous les âges
Où un été sans voix
s'incline

Dans ta main j'ai vu des cygnes
aussi beaux que la paix

Bonjour à toi
qui ne se dit pas
Bonjour à toi
mémoire sans mémoire

Un mot
Un seul mot
peut faire naître

Aller jusqu'au bout
de l'ignorance sans prévenir
sans prévoir

Savoir sans se perdre

Réapprendre la vie des grottes
Autrement continuer
suivant les couleurs
d'un tableau
encore à peindre

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ALI KHADAOUI

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TABLEAU_ALI_KHADAOUI

PEINTURE  ALI KHADAOUI

Tamawayte est un mot de la langue amazighe qui veut dire littéralement :« l'accompagnatrice ». Il s'agit d'un chant mélodieux, long et aigu, que chacun ou une chacune peut entreprendre à tout moment dans la campagne: sur le chemin du voyage, sur le lieu de travail, derrière le troupeau.C'est aussi par cette mélodie qu'au Moyen Atlas, on ouvre tous les bals de danse collective « Ahidous», les cérémonie de mariage et même des enterrements.
Tamawayte dit Jean Mazel, un spécialiste de la culture amazighe, est le « timbre sonore » du Moyen Atlas. En effet, nulle part ailleurs en pays amazighe, on ne trouve pareil aspect de la chanson amazighe.
Tamawayte est aussi le moyen par lequel les amoureux s'envoient des messages d'amour de versant à versant, pendant les fêtes et autres occasions. C'est donc un hymne à l'amour, car l'amour occupe une place centrale dans les valeurs de la civilisation amazighe où la femme était hissée au rang de reine avant l'arrivée des arabes qui l'ont reléguée au dernier rang après les hommes, les enfants et les chiens.
Ahidous, comme je l'ai déjà dit, est une danse collective amazighe, très prisée car réunissant les hommes et les femmes dans une harmonie superbe. Ahidous, c'est un homme, une femme. en cercle ou en deux rangs face à face.Mais Ahidous est aussi une danse collective où se mèlent danse, chant et poésie.
Toutes les occasions sont bonnes pour faire Ahidous : les mariages, les fêtes, mais aussi -jusqu'à une date récente- les enterrements. En général, à partir du mois de Mars, toutes les nuits, sur les collines, se tiennent des Ahidous où les duels poétiques agrémentent les longues soirées du printemps et surtout celles de l'été.
Des fois, Ahidous peut durer des jours et nuits. Les danseurs épuisés vont se reposer et revenir à la charge. Les poètes qui tiennent le coup les derniers sont déclarés vainqueurs. Cet engouement des populations amazighes pour Ahidous s'expliquerait par le fait que c'est le seul moment où ces populations renouent avec une identité qui n'est tolérée par le pouvoir que dans le culte ou ce qu'il appelle le « folklore ». C'est un moment où Imazighen « qui ne sont pas des pôteaux télégraphiques », retrouvent leurs véritables racines.
Ahidous est aussi l'expression d'un peuple, de son mode de vie, de son art et de sa conception du temps et de l'espace. Ahidous était aussi souvent tenu au milieu du grand cercle formé par des tentes noires, faites de poils de chèvres et de moutons. C'est dans l'une de ces tentes que le poète a vu le jour, et c'est peut être de là que vient son amour pour les tentes ainsi que sa répulsion des murs. Malheureusement, comme beaucoup d'autres signes distinctifs de la civilisation amazighe, la tente noire a presque disparu au Moyen Atlas.
Le Moyen Atlas ! Une région où poussent des cèdres magnifiques. Mais dont l'exploitation échappe aux habitants autochtones obligés de faire les toits de leurs maisons et de leurs écuries en tôle ondulée !