Iyâd Râdi Janajarâ

20 décembre 1988

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À Naplouse
après les blessures
la mort s'est glissée dans la douceur des mots
et le ciel a dépêché une prière
calme et sereine.
Elle s'est posée, précise sur un corps fondu dans l'argile.
Il avait vingt et un ans.et venait de Tallûzâ

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Les jours éteints sont faits de silence :
l'ombre muette d'un regard déterrant la pierre se pose ;
elle s'étale et retient la main lourde de l'hiver.
Sur cette table : une saison, une forêt et le village qui descend vers la rivière.

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Le corps est suspendu
car le mur blanc est un ciel peint
l'ombre est dans une vieille gabardine.
l'homme repose à la limite de l'abîme
les mots le bousculent et défont le miroir :
c'est le temps des solitudes qui tombe.

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Une plante odorante et sauvage pousse là-bas
entre la stèle et le souvenir
dire le jour du funambule aux pieds légers
dire l'amour aux bras immenses que tend l'arbre au ciel
dire la neige qui ferme les paupières de ce corps oublié
face à la lumière nue
immobile

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Quand un homme se souvient
les yeux se ferment pour suivre le sable des mots.
Sur le front
des siècles sont dispersés par la lumière pressée de laver le ciel et de retourner dans une cascade d'eau.

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Une statue faite de mots a mis du bleu sur un carré de ciel vêtu de blanc.
Les hommes ne parlent plus.
Ils regardent le ciel s'éloigner.
Le jour, comme l'enfant, repose sur leurs épaules.
Le silence puis le rire.
Leur patrie n'a pas de rides
elle a un front immense où courent les gamins pieds nus.
La lune déploie ses rêves transparents.
Aujourd'hui aucune balle n'a atteint ces corps dansants.


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TAHAR BEN JELLOUN

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