« Un jour de 1914, je m’approchais d’une commode haute et, prenant un papier, je me mis à écrire, debout, comme je le fais toutes les fois que je puis. Et j’ai écrit une bonne trentaine de poèmes d’affilée, dans une sorte d’extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et je n’en connaîtrai jamais de semblable. Je partis d’un titre « Le gardeur de troupeaux » et ce qui suivit fut l’apparition en moi de quelqu’un que j’ai d’emblée appelé Alberto Caeiro. Pardonnez-moi l’absurdité de l’expression : en moi était apparu mon maître. Telle fut la sensation immédiate que j’éprouvai. A telle enseigne que, sitôt écrits ces trente et quelques poèmes, je pris incontinent un autre papier et j’écrivis, d’affilée également, les six poèmes qui constituent « Pluie Oblique » de Fernando Pessoa. Immédiatement et intégralement. Ce fut le retour de Fernando Pessoa-Alberto Caeiro à Fernando Pessoa tout seul. Ou mieux encore, ce fut la réaction de Fernando Pessoa contre son inexistence en tant qu’Alberto Caeiro. »

FERNANDO  PESSOA

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Pessoa_par_Luis_Badosa

Pessoa...
PEINTURE  DE LUIS BADOSA