À contre courant...d’air, un nuage apocryphe affublé de trois mains et d’un esprit trop vif, redessinait le ciel.
Un peu plus bas...
Une frêle civelle entourée d’un courant maritime et de quelques sargasses entassées, redessinait la mer :
- Mais, à part quelques bleus, quelques gris, voire un blanc et des oiseaux sifflants, que peux-tu dessiner ? demanda la civelle au nuage désemporté.
- La nuit, la nuit, ses lueurs et ses bruits, la nuit, ses étoiles et la lune et... quelques Dieux armés, lui dit-il amusé, et toi que dessines-tu ?
- La mer originelle, ma mère qui est aussi la tienne.
- Et comment t’y prends-tu ?
- C’est simple, je gomme, je gomme les pétroliers rouges de rouille et de honte, les égouts, les déchets, je gomme tout ce qui étouffe et fait râler la vie, je gomme la misère des hommes.
Un voilier passait, sur son mat une sittelle grimpait.
La civelle demanda :
- Que fais-tu là loin de tes forêts ?
- Mes forêts, mes forêts, quelles forêts ? Voilà bien longtemps qu’elles ont disparu, je suis sur le dernier tronc du dernier voilier du dernier marin !

Le nuage attrapa sa palette, prit le noir et le gris, le transparent aussi,

puis dessina la pluie,
Qui...
Tout effaça.

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JEAN FRANCOIS AGOSTINI

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