L’Amérique encore une fois a voté pour la haine. Enfants du monde, oiseaux du ciel, fermez vos ailes, fermez vos yeux, le sang viendra rougir la rivière des vitres. Partout sur la planète l’homme blanc fait des réserves où il parque la vie. Il lance des peanuts aux singes et des balles aux enfants, des balles de poudre noire. Il a volé nos dieux, nos totems, nos chants. Ses pieds d’argile s’appuient sur la béquille des fusils. Le vent de mes ancêtres me traverse parfois transformant la colère en sagesse. Nous sommes d’une terre où les maisons marchaient. Le sol prêtait sa peau le temps d’une saison. Les hommes en mourant se formaient en nuages pour remercier la terre. L’homme pâle est venu mettre des barbelés, couper la tête du rêve sous les fenêtres à guillotine. Son vent mesquin jalouse l’étendue. Sous le bitume des villes, les tambours battent encore. Les Indiens se lèvent dans les pierres. Chaque arbre qui survit se mêle au savoir des étoiles. Ses feuilles cueillent le ciel pour nourrir les racines. L’oiseau creuse une fontaine dans le sable désert. De vieux sages rêvent encore sous l’effet du mesquite et parlent par oracles.

Chez les Inuits on faisait des grimaces pour conjurer le sort, on crachait dans la soupe pour honorer les hôtes. Des prêtres sont venus pour effacer les mythes, les légendes, les mots. Des psychologues sont venus pour tuer jusqu’au rêve. Le suicide des baleines s’échouant sur la plage est celui des Inuits respirant du pétrole. La vie rouge est une vie chantée. La vie blanche est une vie comptée. L’Indien ne brise pas le cercle, il en fait des spirales. Il ne garde rien, il appartient au vent. Il préfère le pollen aux lignes d’horizon, l’eau cachée dans la soif à l’or qui rutile sans nourrir les bêtes. L’Amérique indienne veut la paix mais la mort blanche y règne avec sa boite à sous.

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JEAN-MARC LAFRENIERE

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PEINTURE DE GUERISON NAVAJO

CAROLINE