"Je suis née impatiente - telle que Dieu m'a faite. Premier hic : s'il m'a voulue impatiente, pressée d'arriver au bout - pour contempler - ivre de soif pour le mystère, pourquoi me mettre sans cesse en situation de changer - freiner, alentir, peser / penser ? Ici, exigence du perfectionnement, perpétuel apprentissage.
Donc impatiente née. A peine pensai-je un livre que je le vois accompli, infini pourtant, ardemment exécuté ; regarder un fruit, c'est en être illico au noyau, toute pulpe absorbée ; je reçois un visage, je suis déja dans ses coulisses, de l'autre côté, à l'attendre, avec son regard : de la tête aux pieds, je prends, je comprends, désire - là, je défends plus que mon temps : l'infini -, je caresse, respire, ferme un instant les paupières, le temps de graver l'autre sur mes stèles intérieures - et enfin, ça y est, si on allait boire quelque chose ? L'essentiel a eu lieu - il creuse cette soif de vie : le rapt, avec ou sans consentement. ............."
"Puisque les mots le disent.
Attendre, du latin attendere, c'est "tendre à, porter son attention vers" quelque chose ou quelqu'un ; donc, espérer, c'est demeurer quelque part (en un lieu réel, parce qu'intérieur) jusqu'à l'arrivée de quelqu'un ou quelque chose. Une personne attentive est une personne dont le coeur porte attention à un être, une chose. T'attendre, t'espérer - je n'ai sans doute jamais cessé. je suis une femme en attention, au coeur du coeur - là où ce qui bat, c'est le temps de toi. Chaque seconde.
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Attendre que le bleu du jour se lève (Colette) et fasse l'aube plus orange que tous les ciels de l'amour,
attendre que le sucre fonde" (Simone de Beauvoir)
Attendre de connaître les fins cachées de toutes choses (Khalil Gibran)
attendre que l'erreur soit dissipée puisque la réalité était cachée et l'illusion visible (Rûmi)
attendre de pouvoir donner un visage à l'ange (Rainer Maria Rilke)
attendre le mot clef de l'inconscient (Freud)
attendre la lumière d'indicible d'une extase, en silence au bord de la mer le soir (Virginia Woolf)
attendre la venue d'Agatha (Robert Musil)
attendre de retrouver le temps qu'on croyait perdu (Marcel Proust)
attendre que le génie explose (Malher)
attendre que le mot sans syllabes prenne chair et fasse son éclat d'ombre (Marguerite Duras)
attendre d'être un baume versé sur tant de plaies (Hillesum)
attendre que le rideau se lève (Diane)
attendre des instants libres pour prier ou écrire
attendre que j'arrive pour retrouver à la vie son goût de fête, sa levée d'écrou
attendre que la joie revienne (Barbara)
attendre que le désir porté de mer, devienne le sel des amants (St John Perse)
attendre que de l'être devienne lumière sur les nymphéas (Claude Monet)
attendre que la joie devienne saveur (Jean Giono)
attendre tout de la vie, toute, toujours
parce qu'on aime, parce qu'on n'aime plus, parce qu'on aime pas encore, parce qu'on aime à nouveau.
Même quand on dit qu'on attend plus rien.
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attendre longtemps le temps d'écrire, ces quelques heures volées au travail obligé, c'est se tendre, à l'extrême du son qui vibre, se sentir éprouvée par un gonflement d'impatience --- alors parfois, dans la vitesse allée les doigts glissent qui ne vous appartiennent plus et obéissent à l'ordre du silence, et voulant écrire douceur, c'est douleur qui vient .

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OLYMPIA  ALBERTI

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