Je viens d'un pays en dedans des souffrances
        Où je dois me créer grâce à mes créatures;
        J'y possède depuis mon premier souvenir
        Un cheval immobile qui mâche de biais
        Son trèfle et j'y possède ce trèfle qui lui tire
        En gamin sur les dents pour être enfin mangé.
         

Dans ce pays en dedans des souffrances,
        Le chuchotis du Temps n'alourdit plus les branches,
        Les mots tombent de moi, sans poids, plus nuls qu'un songe
        Où jamais ne s'émut que le remous d'une ombre;
        Trop imagés de mort pour n'être pas présages,
        Mes héros délivrés m'ont laissé leurs blessures.

 

Dans ce pays en dedans des souffrances,
  Voici ma joie, oui, joie, - semblable à ma torture:
  J'y murmure très seul des silences plus ténus
  Que moi-même ou parfois, triste plaisir trop pur,
  Au paradis de l'art d'où nul ne revient plus,
        Je poursuis sans nul but l'aventure des nues.

 

Seuls les jeux des oiseaux, des ruisseaux, des herbages,
        M'aident lorsque je veux descendre en votre sang
        Pour céder tous mes cris à l'amour des vivants,
        (Oh! pleurs, détruirez-vous d'eux à moi la distance?)
        A l'amour des passants, moi qui suis de passage
        Et qui ne prétends plus qu'à mon trop haut tourment.

 

          Et lorsqu'au sol enfin j'accède en égaré,
        J'y suis contrebandier d'indicibles souffrances
        En me cachant de tous je les porte au marché,
        Contre elles dans un coin je demande en silence
        De ce vin qu'il me faut pour ne pas trop pleurer,
        Mais je n'insiste pas, je suis contrebandier.

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ARMAND  ROBIN

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PIERRE2