Pourquoi toujours aller vers l'eau ;
La rose, la colombe ?

Dans l'ombre court la rivière
L'eau vierge, la jeune fille,
Et sa ceinture est nouée,
Ses cheveux sont noués
Avec des liens de fer.
Elle voudrait sourire, elle voudrait jeter les liens de fer,
Mais l'ombre est là, de très vieux arbres
Que semèrent jadis des dieux rusés.

Pourquoi aller toujours vers la rivière ?
Pour lui parler de l'ombre,
Pour lui parler des arbres et des dieux,
Pour supplier qu'elle sorte de l'ombre,
Qu'elle dénoue sa chevelure
Afin d'être toute rivière sans entraves :
Eau vierge des chemins profonds de la terre.

Ainsi allons-nous toujours vers l'eau,
Vers la mémoire de la naissance et du désir,
Vers la jeune fille dans nos songes
Vêtue de sa seule chevelure.
Elle vient vers nous, l'eau vierge
Dans nos songes.
Ah, la nommer amie, rose, colombe !
Dans l'ombre très profonde des vieux arbres
Court la rivière.

 

 

 

Asseyez-vous, peuples de loups, sur les frontières
Et négociez la paix des roses, des ruisseaux,
L'aurore partagée.
Que les larmes, les armes
S'égarent dans la rouille et la poussière.
Que la haine crachée soit bue par le soleil.
La terre ouvre sa robe des ténèbres,
Sa nudité enchante les oiseaux,
Le jour se fend comme fille amoureuse.
Sous un ciel ébloui
Viennent alors après tant de saccage
Les épousailles de la terre et du feu,
Le temps des sources,
Des naissances.
Après le sang, la traîtrise et le cri,
Ah, tant rêvé !
Le règne des moissons
Pour le bonheur des granges.
A nous qui hébergeons l'aube de la parole
De rassembler le grain
Les mots de l'espérance.
Un jour d'été, l'enfant plonge dans la rivière, joue avec le soleil
Sous le regard apaisé d'une mère,
Le héron danse sur son nid de sable,
Le renard ouvre des ailes d'ange
Et le serpent, le mal aimé, forçat de la poussière,
Sauvé, s'étire entre les seins du jour.

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JEAN  JOUBERT

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