Il n'y a pas de salut, pas de repos.
La lâcheté cohabite avec le mépris.
La lumière titube sous les paupières de l'abîme.
J'ai vu les eaux de la colère noyer les larmes des enfants.
J'ai vu le pain des pauvres à la table des riches.
J'ai vu les aimants de la mort détourner les ruisseaux.
J'ai vu l'acétylène embrocher l'espérance
et les tigres en papier égorger la colombe.
J'ai vu l'obscénité remplacer la caresse
et les fusils cracher sur le vagin du monde.
J'ai vu les loups apprendre à pleurer,
les poules picorer la limaille des balles.
J'ai vu la lassitude dans les yeux des chevreuils
et des singes en smoking sur les écrans télé.
J'ai vu des nouveau-nés enveloppés de drapeaux,
des vieillards invisibles leur apprendre à tuer.
J'ai vu des cœurs semblables au mien
trahir pour un sou la tendresse des mères.
J'ai bu le vin du désespoir dans des verres en plastique.
J'ai quitté les comptoirs où les demis foisonnent
pour les rivières à truites et les sources d'eau claire.
J'ai quitté les ruelles où les couteaux frissonnent
pour les sentiers de bois où les bêtes me guettent
et les insectes prient dans l'église des arbres.
J'ai quitté les bureaux où l'air s'empoisonne
de sueurs inutiles et de paperasses vaines.
J'ai quitté les banques, les églises, les bars,
les murs remplis d'affiches et de phosphores éteints,
les termites du réel dans les boiseries du rêve
pour la rosée de l'herbe et le rosaire de l'aurore.
J'ai quitté les cerceaux de l'enfance
sans briser l'arc-en-ciel.
J'ai quitté les berceaux de carbone
pour suivre le chemin des anges vagabonds.
J'ai troqué la fanfare des cashs
et la cacophonie marchande
pour la musique des abeilles et l'orchestre des vagues.
Je cherche l'étincelle dans les froids à venir,
un baume de verdure sur les hernies fiscales,
une grande main de bonté offrant le pain du cœur.

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JEAN-MARC  LA FRENIERE

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Photographie Gérald Bloncourt

Paris...Hiver54