Par des chemins de Tucumán,
Vers la montagne sur laquelle ils sont nés,
Terre de soleils brûlants,
Parfumée de pollen,

Par des chemins de Tucumán,
Vin, vidala* et silence,
Les hommes du sillon s'en vont,
Aussi pauvres qu'ils sont venus.

La récolte s'est terminée,
Dure labeur d'hiver.
La terre en est sortie fatiguée,
Fatiguée comme l'ouvrier.

Déjà on ne voit plus sur la piste
De lourds chariots à canne.
Déjà on ne sent plus le bourdonnement
Des broyeurs en train de broyer.

Et dans la nuits des champs,
Comme un adíos de la part du silence,
Là où auparavant il y avait la canne
Reste le fourrage en train de brûler.

Adiós, terre de Tucumán.
Des chemins qui mènent loin
Devront me séparer demain
De tes champs et de tes collines.

Déjà je n'ai plus à voir dans les sillons
Des bras tannés d'ouvriers
Luttant du matin au soir
Pour ce qui toujours est d'autrui.

Déjà je n'ai plus à regarder la lune
Apparaissant derrière la colline,
Ni le chemin de Tafí,
Pierre, chanson et souvenirs.

Me devront séparer d'ici
Des chemins qui mènent loin.
Au-delà de ces montagnes
Parfumées de pollen.

Je suis comme la plantation,
Terre qui rend l'effort.
Mes fleurs sont d'été
Mais en moi je porte des hivers.

Je suis comme la plantation,
Avec du soleil, et des fruit, et du silence.
Et dans l'âme je continue à brûler
Le fourrage de mes rêves.

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ATAHUALPA  YUPANQUI

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* Vidala: une chanson exclusivement argentin, autant pour ses structures musicales que pour celles poétiques.

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