"..Le langage et le silence sont inséparables. Il n’y a pas de langage sans silence car chaque mot a une charge de silence. Ce n’est pas seulement le silence qui surgit, comme une limite, quand s’achève quelque chose. Le silence est au-dedans des mots, au-dedans du poème. Le silence, en premier lieu, c’est l’inconnu que nous portons en nous. Je dis parfois que la première condition du vrai poète consiste à donner des mots au silence intérieur. Pas seulement celui du poète, mais aussi celui des autres. Je crois qu’il n’y a pas de poésie sans une constante invocation au silence. C’est pour cela que je reviens souvent à l’idée du silence. Je voudrais, d’une certaine manière, le concrétiser dans la poésie..."

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Pour René Char

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Une invasion de paroles

tente d'assiéger le silence,

mais, comme toujours, échoue .

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Elle essaie alors de coincer les choses

qui habitent le silence,

mais n'y arrive pas davantage .

Elle va finalement encercler les paroles

qui cohabitent.avec le silence,

alors se produit l'imprévu :

le silence se convertit en paroles

pour mieux protéger les paroles

qui cohabitent avec lui .

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Et pendant que l'invasion des autres paroles

se dissipe comme un souffle furtif,

l'insolite s'accomplit :

les paroles qui restent

ressemblent alors beaucoup plus au silence

qu'aux autres paroles .

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ROBERTO  JUARROZ

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BLANC