Le parcours de la nuit
fais-le avec moi
sous l'élan de vagues extrêmes.

Pour apprendre de toi
ce que seul tu sais,
je laisserai ma place,
mon foyer, mes affaires,
suivant tes pas sans repos.

Frère es tu des cèdres,
et répands le parfum des citrons cueillis
Ta poitrine est remplie de soleil
Partage le avec moi.

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Un jour
j'ai brûlé l'horizon
de mon cri,
ma pensée,
ma prière.

N'as pas tu vu
l'avril des malvacées
le buisson fleuri
la fraîcheur potagère?

À la mer j'ai posé mes lèvres
sur tous les grains de sable
leur donnant le baptême des amours
et des jasmins nouveaux.

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Je t'ai demandé:
y a-t-il quelqu'un aux confins du monde?
La vie, tu m'as répondu.

Je t'ai demandé
si un peuple se livrant au joug
a le droit d'être heureux?
Et bien non, tu m'as dit.

Je t'ai demandé
s'il y avait une raison
si puissante
pour l'action criminelle?
Il n'y a pas, tu m'as dit.

Je t'ai demandé:
m'aimes-tu?.
Et tu m'as dit:
tout autant comme tu l'es.

Je t'ai demandé:
m'aimes-tu?
Et tu m'as dit:
"S'il n'y avait pas l'éternel
je l'inventerais
pour ne cesser de t'aimer".

.

Voici que Dieu fut ému
et ne trouvas pas bon
que tu fusses tout seul.
Il m'arracha de ta poitrine
au milieu de ton songe.

Parce que je suis sortie de toi
parce que Dieu me fit
de tes côtes
je suis la chair de ta chair
et l'os de tes os.

Et tu m'appelas de mon nom
et femme je fus, nommée de ta bouche.

Et depuis lors, l'Amour
s'énamoura du monde pour toujours.

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Je t'attendais
à la porte du monde,
en tissant les tapis au vert des prés
du froid t'épargnant.

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J'ai cherché
ton regard
dans tous les visages.

J'ai attendu
dans les nuits
du silence.

Et voici que je songe
sur les empreintes
laissées
par mes pieds
et je les entends
ces mots que tu dis
pour moi,
tous trempés
de mer
et de temps.

.

Le rythme de ma vie
tisse la trame de ta vie.

Tu lances tes filets vers mes hanches
quand la nuit attend avec ses délices.

Libre et prisonnier de mes bras
tu me découvres des étoiles inconnues.

Âme sans limites!
Dieu t'élit chaque matin
et moi je t'élis.

Comme corolle minuscule
comme de l'oiseau l'aile,
je frémis sous ton regard.
Oh que d'être parfaite entre tes bras.

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Mes mains trouvent
toujours la route
qui va vers toi

C'est pour l'extase
que mes mains
furent crées,
et une rivière de douceur
répand son huile
sur mon corps.

Elles attendent toujours,
mes mains,
ta présence
pour me lâcher
dans tes douceurs
et ta poitrine de dieu.

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Rien ne sépare la mer et nos corps,
il n'y a que nos mains nues.

Le printemps des heures nous emporte
vers les espaces resplendissants.

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Je serai ta servante
toutes les nuits
je serai ton esclave
et ta maîtresse.

Moi, la reine
je fais valoir ma grandeur
quand tu fais de moi
l'amante bien aimée.

Tu ne vois que ma bouche aujourd'hui
tu lèves ton flanc devant moi,
tout assoupi dans mes cheveux
quand tu lèches mes tempes.

Maître à moi
capitaine du navire jusqu'au sommet
fais valoir ta maîtrise
dans la chambre du roi.

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Cueille bien la joie du lac dans tes lèvres
pour l'offrir à la flamme sacrée.

Fais éclater le souffle de la brise interminable
pour qu'elle embrasse tous mes sens.

Conjurons le tonnerre
qu'il n'effraie point les roses.

Vivons
la vie éternelle des amants.

Quand ton rayon de lumière atteindra mon visage
mon obscurité sera remplie de toi
et sur interminable vague voluptueuse
un voilier s'élèvera.

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Le soleil dessine
des médailles sur nos draps
tandis que l'aube
répand ses jaguars
encore dans les ombres

Seuls nos corps savent
de cette heure.

Le métier
des fougères
sont mes entrailles.

À la mesure de ton amour.

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Tu es navire filant
que l'on touche au rythme de ta voix
et tu m'entoures dans le rond verger.

La rivière aux amandes
du vers, en instant , est coulée
allumant du lieu le foyer qu'on habite.

Navigant bien dressé de l'éternel
une resplendeur d'étoiles t'accompagne.

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Voici les coups justes des cloches qui sonnent .

J'achève de la joie de dire ton nom
je te nomme, bien aimé, amant,
et pour toi les noms je les invente.

La parole palpite
comme une flamme suspendue dans le vide
et elle éclate la solitude de l'univers.

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Le feu de tes yeux a brûlé l'aube
et l'aube de demain.

Et nous cheminons
sur des sentiers perdus
sans froisser les fleurs
ni les cailloux.

Et nous suivons la route
au sommet du monde.

Et marchons unis
vers le coeur de la terre.

Là,
tous mes secrets je t'ai livrés,

Et là,
tes promesses toutes furent remplies.

Et un seul fumes tous deux
dans l'amour.

Et un seul fumes tous deux
dans la beauté.

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C'est toi le réveil du léopard
c'est toi le son de la hache qui vole
le sillon traînant de l'avion sur l'océan.

C'est toi la poignée de l'épée
la dureté de la perche
le chant du rossignol.

À te nommer ils éclatent
les parfums des raisins et le sel
de la mer.

Frère est tu des rivières
voyageant pour toujours, et des nuits
quand elles guettent leurs matins.

.

Tu es l'hôte de l'aube:
Et dans l'acier flexible
de tes mains
la vie se déploie

La tenace insistance
de tes mains supporte
la fatigue du sang et des os,
qui connaissent ma douceur
sans qu'on voit les formes
embrasser .

Ces mains
venues au monde
pour bâtir l'espérance.

.

Comment ne pas aimer ton allure de sapin
pour voir dans elle l'infini
et tes yeux de lumière de printemps.

Et pour toi, Dieu
fit ses pas plus rapides
au travail
de vaincre les labyrinthes....

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CARMEN CRISTINA WOLF

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OEUVRE DE  MARIA  AMARAL



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......A SUIVRE