...Nous les ferons les voyages
à la pointe d'un crayon
sur l'atlas.

 

Nous jouerons à déchiffrer les énigmes
comme des rivières la clarté
que nous cachent leurs rivages.

 

À nous de partager
la pensée
que l'on voit.

Le jour viendra de partir
sur les chevaux du vent déployés
tels qu'amants du rêve et la grandeur.

 

Le jour viendra de partir à l'aube
de parcourir les nuits,
sans les murs, les limites et les ombres.

.

Elles s'accrochent
peu à peu tes paroles
dans mon âme.

 

Aujourd'hui tu l'écris
la beauté du matin
à l'encre de la grammaire
sur le sable.

 

Tu la fais valoir ta clarté ardente
me révélant les choses dans leur essence.

Vivre dans toi
c'est voyager
d'idée en idée,
de rêve en rêve,
de prodige en prodige.
.

Le mot était dans le rêve
et l'amour était le songe.

 

Et c'est dans le mot
et l'amour
que l'éternel commence.

 

Sur les ailes d'un rêve
ton éternité commence.

.

Combien sommes nous
toi et moi?

 

Sommes nous deux?

 

Jamais deux,
nous sommes qu'un,
un seul
et l'Infini.

.

Sois heureux, c'est mon désir
quand suis seule sans toi,
mais pas trop.

 

Et j'ajoute:
bien moins heureux,
et même malheureux.

 

Mieux encore
malheureux absolu!

 

Quand suis seule sans toi.

Si jamais des gens
leur amour t'est offert
cet amour ne sera
rien près du mien.

Le mien
a
la mesure
de la création.

 

Et plus encore.

.

Chaque endroit de l'univers
quand nous sommes ensemble
est le Paradis dans l'univers.

Parmi les biens
que je t'ai donnés,
infinis
et ceux que tu m'as donnés
infinis davantage,
il grandit
et grandit et grandit
du Bien l'infini.
.

Tu rentres toujours
joignant le temps
quand il arrive.

 

Comme un bateau
je monte par la mer,
et commence à tirer ton port.

Tout temps
est présent
avec toi

 

Et c'est ici
l'espace.

.

Ne t'endors pas!
Quand tu dors
le monde sombre
dans les pénombres

.

Il pleut.
Et je ne tiens plus
même une seconde
sans que tu saches
qu'il pleut.

.

Je veux aller au ciel.
J'en suis sûre.
Je veux y aller.
Je sais déjà comme il est:
tu me l'as montré.

.

Toujours avec toi je veux vivre
jusqu'à devenir
pour toi
une rose plus rouge
plus rouge que le rouge.

.

Dieu dit bien amour,
quand Dieu dit rose.

 

Et quand Dieu ne dit rien,
Dieu dit amour.

 

C'est pour ça qu'il y a tant de roses.

.

Mon Dieu,
pour l'aimer davantage
que mon coeur ne soit
trop petit.

 

Donne moi un morceau du tien.

 

Il est trop grand pour toi!

.

Un prêt je prendrai
du langage de Dieu
pour te parler.

.


Viens, amour
prie avec moi:

 

Notre Père
qui es en nous,
Bénis sois tu.

 

Ce sommes nous
ton règne.

 

Voici ton nom,
voici ta terre,
voici ton pain.

 

C'est toi même que tu aimes
dans notre sang.

 

Ce sommes nous
ton règne.
Bénis sois tu.

La fin viendra un jour de cet univers
et quand Dieu, le créateur sans fatigue,
fasse bien un univers nouveau,

 

nous,
ceux qui vainquîmes la douleur
et l'oubli
habiterons sa demeure,
et de là
ensemble nous verrons
le possible

.


Parce que nous nous sommes tant aimés
parce que tant nous aimons
parce que tant nous aimerons,
à notre aube la dernière,
Seigneur, Tu nous diras aussi;

"Aujourd'hui vous me joindrez au Paradis"
.
Ne pars pas sans moi,
même pas vers la mort.
.

Il n'y a point d'aube
quand tu n'y est pas.

 

Tu es le matinal, le méridien.
Laisse moi pousser dans tes racines
rien ne pourra m'arracher de toi.

.

Quand tu es absent

je suis absente aussi.

 

Je ne voudrai plus bouger
ni respirer
et pourrai mourir.

 

Laisse à demain ton absence,
il se peut qu'ainsi
je mourrai un jour plus tard.

 

Laisse moi vivre encore une journée.

.

Et quand la mort aura pu me convaincre
au moyen des plus tenaces arguments
tu deviendras triste comme un arbre en hiver.

 

Le jour de ma mort
à toi de mourir aussi.
À quoi bon vivre sans moi?

 

La joie sera partie pour toujours
le ciel deviendra pâle de tant de pluie
et point ne verra-t-on le soleil.

 

La mer sera perdue
on ne saura plus où se trouvent les oiseaux
et le fleurs n'ouvriront pas leur boutons.

 

Pour que la terre ne s'attriste
de te voir tant souffrir
à toi de mourir aussi.

 

Si tu ne meurs pas, alors
de non mourir tu mourras.

.

Si tu meurs d'abord
je hisserai des drapeaux
à ton nom sur chaque étoile.

 

Laisse moi promener ton nom
à travers les places,
laisse moi l'entrelacer parmi les arbres.

 

Je l'amènerai jusqu'aux mers et montagnes
pour répandre ton âme
sur le coeur du monde.

 

Si tu meurs d'abord, habite en moi!

 

Je veux naviguer ta mort par mon sang.

 

Mon amour suffit à remplir l'éternité.

.

CARMEN CRISTINA  WOLF

Traduction Carlos Armando Figueredo Planchart.

.

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OEUVRE DE MARIA  AMARAL