C'est le « Grand Désir qui unit le Corps à l'Esprit, longtemps au-delà de l'union des corps dans le petit désir ». Le « Grand Désir » enraciné dans la condition humaine, exprime cette tension de l'homme vers le bonheur total qu'il attend de la suppression de son déchirement, celle-ci ne devenant possible que si les causes en ont été découvertes. L'amour sublime seul satisfait ce « Grand Désir», alimenté et grandi par la satisfaction du « petit désir » charnel. La reconnaissance de l'universalité du désir, de sa signification cosmique - et de ses manifestations chez l'homme réclame à la fois sa sublimation et celle de l'objet de ce désir. Tandis qu'en dehors de l'amour sublime l'être humain - l'homme surtout - ne s'abandonne guère au désir que dans la mesure où il le ramène à son état le plus primitif, dans l'amour sublime les êtres saisis par son vertige n'aspirent qu'à se laisser emporter le plus loin possible de cet état. Le désir, tout en demeurant lié à la sexualité, se voit alors transfiguré. Il s'incorpore, en vue de son assouvissement, tous les bénéfices que sa sublimation antérieure, même la plus complète, lui avait procurés et qui provoquent sa nouvelle exaltation. Hors de l'amour sublime, la sublimation du désir entraîne en quelque sorte sa désincarnation puisque, pour obtenir satisfaction, il doit perdre de vue l'objet qui l'a suscité. Ainsi se maintient chez l'homme un état de dualité, à la faveur duquel la chair et l'esprit restent opposés. Au contraire dans l'amour sublime cette sublimation n'est possible que par le truchement de son objet charnel et tend à rétablir chez l'homme une cohésion inexistante auparavant. Le désir, dans l'amour sublime, loin de perdre de vue l'être de chair qui lui a donné naissance, tend donc, en définitive, à sexualiser l'univers

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BENJAMIN  PERET

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Oeuvre de Maria AMMARAL