Il suffit de poser le oui bien à plat devant soi, sur la table
ou la page, peu importe, un oui en forme de fruit, de
pas-grand-chose, bouquet de fleurs, d'éteules, miettes de
nuages sur un buisson, grain de blé, brin d'herbe, un oui
qui ne se voit pas, qui ne croit en rien d'autre que lui- même,
décision simple, geste intérieur, comme aller au-devant,
ouvrir grand les portes, les fenêtres, la phrase ensuite s'occupe du reste.
Je cultive ce oui depuis mon enfance. On a tenté de me l'arracher De le recouvrir et de l'enfouir

Y renoncer, alors que je
ne sais encore rien de lui, ni son nom ni sa forme, eût été
m'aveugler du dedans, me crever les yeux de l 'âme.
Ce oui ne m'a jamais quitté. Je ne peux pas dire grand-
chose à son sujet. II a parfois un visage de femme. D'autres
fois, c'est un parfum. Une façon de marcher dans l'herbe, la
campagne, le vide dans les poches.

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DOMINIQUE  SAMPIERO

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