" Ils s'en allaient

errer leur âme

par les soirs où s'évade la mer

Brûlés par le poème et par le songe "

 

    Tahar Bekri

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(... ) Pour les navigateurs qui s’approchent des côtes,
Un homme toujours sûr veille à ces flammes hautes,
Prisonnier volontaire enfermé dans les tours ;
Et le plus grand vaisseau vient du large sans craindre
Que la lampe du phare un instant laisse éteindre
Le rayon de salut qui doit briller toujours.

Ceux qui gardent le feu, les veilleurs invisibles,
Par les gros temps d’hiver ont des heures terribles,
Sur un roc, détaché du monde des vivants,
Où le nuage pleure, où le flot se lamente. —
Les phares sont debout au cœur de la tourmente,
Dans l’aveugle chaos des larmes et des vents.

Il faut avoir le pied marin par intervalles ;
Leurs tiges de granit, sous le fouet des rafales,
Oscillent brusquement comme de longs roseaux,
Il semble que parfois la tour déracinée,
Par la rafale du vent tout d’un bloc entraînée,
Comme un arbre arraché disparaît dans les eaux.

Mais le phare est solide et tient bon. — L’homme veille.
Tous les bruits de la mer ont usé son oreille.
Il n’entend pas les cris des oiseaux tourbillonnants,
Hors d’haleine, accourus dans un vol de tempête,
Affolés de lumière à se briser la tête
Aux grands vitrages clairs de ces feux rayonnants.

Mais comme il ne peut rien voir, il ne peut rien entendre ;
Mais l’oreille est au cœur. — Il croit, à s’y méprendre,
Reconnaître des voix dans le flot déferlant…
Un adieu qui s’éloigne, un long sanglot qui passe…
Il écoute… Quelqu’un heurte la porte basse,
Comme un ami perdu qui frappe en le hélant.

L’étrange illusion du veilleur est si forte,
Qu’il bondit pour descendre à sa petite porte,
Dans le débordement des eaux, prêt à l’ouvrir.
Il touche au verrou froid. — Il s’apaise, il remonte,
Songeant qu’à l’horizon plus d’un navire compte
Sur la clarté d’en haut qui en doit pas mourir.

Elle étouffe son cœur, la pauvre sentinelle,
Dans cette longue nuit qui lui semble éternelle.
Une bande grisâtre annonce enfin le jour.
Le ciel blanchit au large. — On voit clair. — La marée,
Comme un mince fil bleu, s’est au loin retirée,
Et l’homme, respirant, s’échappe son tour.




J’aime à penser à vous, lampes si bien gardées,
Comme au symbole pur des plus saintes idées
Que Dieu jette au foyer d’un cœur simple et fervent.
Si la foi n’est qu’un mot, et l’espérance un doute,
Si, par la nuit, un peuple est surpris dans sa route,
Quelques hommes pour tous gardent le feu vivant.

On ne sait pas le nom de ces êtres paisibles :
Dans le grand bruit du siècle ils passent invisibles,
Des plus riches clartés humbles distributeurs.
Mais la postérité les compte et les salue :
Elle est juste et courtoise aux gens de race élue
Qui de la vérité se firent serviteurs.
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ANDRE  LEMOYNE

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