Votre amour, madame, m'a fait entrer dans les cités des tristesses
Et moi avant vous je ne suis jamais allé dans les cités des tristesses
Je n'ai jamais su que les larmes sont l’être humain
que l'humain sans tristesse n'était que le souvenir d'un humain

Votre amour m'a apprit a être triste
Et moi depuis des siècles j’avais besoin d’une femme qui me rend triste
une femme qui je pleurerai sur ses bras comme un oiseau
Une femme qui rassemble mes parties comme les morceaux d'un vase brisé
Votre amour chère dame m'a apprit les pires manières
Il m'a apprit a regarder ma tasse mille fois en une nuit (1)
tenter les remèdes des guérisseurs et frapper aux portes des voyantes
Il m'a apprit à sortir de chez moi pour brosser les trottoirs des ruelles
Et poursuivre votre visage sous la pluie et entre les feux des automobiles
A collecter de vos yeux des millions d'étoiles
O femme, qui a assommer le monde, O ma douleur, O douleur des Nays (2)

Votre amour, madame, m'a fait pénétrer dans les cités de la tristesse
Et moi avant votre amour je ne savais pas qu'est ce que la tristesse
Je n'ai jamais su que les larmes sont l'être humain
que l' humain sans tristesse n'était que l'ombre d'un humain

Votre amour m'a apprit a me comporter comme un petit enfant
A dessiner votre visage avec la craie sur les mures
O Femme qui a renversé mon histoire
Je suis égorgé en vous d'un artère à l’autre
Votre amour m'a apprit comment l’amour peut modifier la carte du temps
Il m'a apprit que lorsque j'aime, la terre cesse de tourner
Votre amour m'a apprit des choses dont je n'aurai jamais penser

J'ai lu les contes d'enfants
je suis rentrer dans les palais vierges des rois
et j'ai rêvé d'épouser la fille du sultan
celle dont les yeux sont plus claires que l'eau des fontaines
celle dont les lèvres sont plus succulentes que les roses de grenadines
et j'ai rêvé de l'enlever comme les chevaliers
et j’ai rêvé de lui offrir des paniers de perles et de « morgane »
votre amour m'a apprit chère dame ce qu’est le délire
Il m'a apprit comment l’âge passe
sans que la fille du sultan vienne......

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NIZAR  QABBANI

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Photographie Marc Panchaud