(...) Parce que le geste du peintre est caresse. Forcément. On ne peint pas comme on se bat. On ne peint pas comme on se meurt. C’est un frôlement. Un glissement de peau sur les surfaces du monde. Matière contre matière. Cuir contre cuir. La main effleure le sol des pas. Progresse dans les cendres du jour pour ranimer le foyer d’enfance : cette braise encore chaude sous les rameaux. Mirage. C’est un cri confondu en murmure. Une étreinte enlacée dans un dernier soupir. Couleur : souffle éteint du peintre qui donne à sa main, le désir d’éterniser.

Parce que le mouvement de la danse est peinture. Allègement de soi. Eclaboussures de corps portant à leur traîne le poids des rois. Talent du vent à devenir grain.
Parce que la main du peintre danse. Fait crisser le plancher de la toile. Se courbe. S’appuie. S’éloigne. Entame la valse passionnelle de cette paume sur la toile, partie en exil, au-delà du cadre, au-delà d’elle-même, à la croisée des hommes. La main valse avec sa tendresse. De toute sa grâce et de toute sa violence. Combat de loups. Oiseau redevenu frêle entre les bras de la beauté.

Et la caresse peint sur l’étoffe des corps la fresque d’attente. La membrane mue. L’écorce est parchemin: hiéroglyphes des doigts qui l’ont composée. La caresse dessine ses paysages, encre sa mémoire dans le frisson qu’elle parcourt. Chorégraphie de tremblements. On ne peint jamais la même toile.  Calligraphie du désir. On ne caresse jamais deux peaux de la même main.

Au fusain la folie d’être deux, du bout des doigts le boléro des aveux, et le souffle des jours sous la caresse dansée.

 

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SONYA SANDOZ

 

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Gustave  Klimt