On dirait… une fleur qui s'épanouit, rose et blanche.
C'est une main d'où croît un pilier de frémissante chaleur.
C'est ta main qui exorcise l'imperceptible évanescence des choses.
C'est une main qui bénit.
Son souvenir me permet de rester un homme.
Sa réalité me permet de rester ce chat immense qui fredonne avec gêne ses chants de guerre, sous le torrent de son défi silencieux.
Elle me fait penser à ces bêtes enfermées dans leur cage par un jour torride, auxquelles se révèle un torrent de blancheur d'espoir qui ne permet plus aux yeux de se fermer une fois qu'ils sont ouverts.
Par le toucher du plus silencieux des parfums, elle me fait vivre, où que je me réveille, en suivant ce chemin parmi les squelettes écrasés par le temps.
Ô, touche les choses avec elle, touche le ciel rempli jusqu'au bord d'éternité, touche l'indifférence du corps des morts, touche les gens alentour et transforme-les en un seul torrent de chaleur frémissante qui avance en silence.
Fais, avec le lys de ta main, une tente blanche, comme la tente des armées d'archanges, comme la tente du vert scarabée, et laisse-moi y dormir pour que, dans mon rêve, j'évite ce chemin qui se prolonge dans l'irréel, pour que je m'endorme en toi, que je m'éveille en toi, vainqueur de cet homme en manteau lilas qui, chaque soir, me rend visite et, avec son visage de pierre, me raconte la terrible histoire et nomme nom par nom la mesquinerie et Satan.

Krzysztof Kamil BACZYNSKI (1921-1944)
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gib29

OEUVRE  KHALIL  GIBRAN