Ce sont des instants opaques dont le mystère a embrassé tous les présages. De ces jours longs, de ces espérances vaines perforées de petites joies, de ces sourires modelés de circonstances, de ces silhouettes bancales, redressées pour l’image et qui vous font paraître hommes, femmes, passagers du même train. Pris dans cette attente qui n’attend rien que certains nomment chagrin.

Sur votre corps l’absence se répand comme l’ombre du crépuscule sur la ville en pleurs. Doucement. A allure d’homme. Et elle vous plonge dans cette vie qui fait semblant de vivre, portée dont personne n’aurait écrit la musique.

Dans cette vie où chaque mur renvoit un silence sans écho. Dans cette ville où ma voix s’épuise à te chercher. Toi. Un double de ton ombre. Une odeur. N’importe quoi. Une preuve du temps passé.

Mais la brume enveloppe le pavé des histoires mortes. Et la nuit repart avec nos valises d’espoirs sous son manteau ambré de lune.

 

Tout se mue sous le coup de la perte.

Les choix qu’on a donnés à l’autre, les moments de soi légués au vent, cette enfance à laquelle on a soustrait nos rêves… Ce parchemin qu’on a oublié d’écrire et qui nous laisse sans mot, et qui nous laisse sans voix, errance dépossédée de son exil.

Quand un soupçon, une parole, un silence, séparent votre amour de votre colère. Une fin, une petite fin de rien du tout, tout juste une fêlure et ce que vous étiez fier d’avoir accompli devient ce que vous regrettez d’avoir aboli. Ces histoires serties de hasards qui vous disaient de les suivre… Ces bris de vie sans avenir, qui continuent de tourner, sous vos yeux, souvenirs : oiseaux cloîtrés dans vos têtes.

 

Ce qui nous précède est trop mort pour qu’il ne soit pas urgent de vivre…

Alors, il faut ouvrir la cage aux souvenirs. Laisser s’envoler les sourires que l’histoire a déçus, ces jours sans lendemain comme des poèmes sans dédicaces. Rendre leur liberté aux inséparables qu’une alouette a déliés.

 

A chaque chagrin que nous quittons, un monde nous attend, avec ses visages, ses bateaux, les yeux de la mer et ses bagages pour demain.

De ces ciels démesurément humains.

Pour qu’à l’aube du dernier voyage, nos yeux aient cet éclat de ceux qui ne regrettent rien.

 

 

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SONYA  SANDOZ

 

 

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