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Penser à toi, c’est me tourner vers l’Orient. Le poème, ne se lève-t-il pas à l’est de notre vie ? N’est-il pas ce renouveau, ce baume sur notre part mutilée ? Je t’y associe, toi, le silencieux, le pèlerin du poème. Ton silence est plus mystérieux que tous les tapis d’Orient. Tissé de mots invisibles, de blancs et de calligraphies fertiles.

Ta main trace dans l’air des arabesques lisibles de moi seule. J’y accroche une voix, la tienne, un rire, le tien. Tes yeux sont mes yeux. Tout cela m’est donné par ta généreuse absence où le rien se pare du tout. C’est dire si tu me manques, si j’en suis désorientée... Mais qu’y faire ? J’ai résolu d’aimer l’absence comme on savoure une figue quand tout a l’air abandonné. Ma pensée va et vient de mon présent à ta fausse présence, de ma parole aux mots que tu ne diras jamais. Qu’importe ! Je n’oublie rien. Je thésaurise. Ton silence est un jade. Je vivrai dans cette attente comme si ma vie en dépendait. Cadeau du Destin.

Pour l’heure, face au jour qui se couche sur le pays moelleux, je t’appelle dans les limbes de la vie, et c’est comme si tu m’avais répondu : ces mots en sont la preuve. Au lasso de ta pensée, je me suis encordée. Et c’est ton Orient qui me fait progresser.                                        

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On va dans l’absence comme dans une forêt pleine d’échos. Nommer les choses maintient en vie. Renforce un lien.  C’est comme un livre qui se lirait dans le noir. Auprès de quelle flamme ? Pentecôte de la lecture ! Elle éclaire ce qui s’évanouit. Derrière l’apparence : la vérité du non-dit. Je pourrais te toucher quand j’écris. Je pourrais.    

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BEATRICE  LIBERT

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