J'ai vécu de marges, de plaisirs inouïs, de météores.

 D'un astre à un autre, d'un chardon à un chardon, d'une fable

A une fable, d'une cendre.

J'ai cru connaître

 Et je suis ignorant.

 Verbe, Ô Boraq ! puis-je prétendre

 Au matin quotidien - la nappe, 

Le bol fumant, le beurre, le pain bis, 

Et la paix d'une main de femme ? 

Au bivouac de la famine

 Tant de noms - et quel bruit torride

 Font mes poubelles précieuses ! 

Mes fresques fantastiques, mes égoïstes, mes données, 

Entre deux draps

 De la margelle au cratère.

 J'ai cru rêver : je mâche Le miroir de la mort. 

Et tous mes os sont faits de ces déchets d'empires ! 

Tes yeux, s'ils existent quelque part, qu'ils pilotent mes requins ! 

Il suffit que tu me nommes, Je serai nu.

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JEAN SENAC

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