Mais déjà la nuit dépliait ses velours. Des essaims d'abeilles  revenaient du large, un peu de bleu collé aux pattes.

(...)

Cet homme porte un enfant.Pas à la manière d'une femme dont le ventre s'est arrondi et qui sent remuer en elle une vie tiède et tendre aux mouvements déjà distincts dont elle sait que bientôt il lui appartiendra de guetter le souffle et les cris.Cet homme transporte le poids de mémoire de l 'enfant qu'il a été et qu 'en dépit de son travail de tant d'années il ne parvient pas à mettre au monde. Il porte en son corps vieillissant cette espèce de projet ou de commencement qu'il est demeuré et dont il ne sait rien faire à présent.Cet enfant là ne l 'écoute pas, ne lui obéit pas, ne veut rien comprendre aux lois d'ici-bas, et réclame toujours le bleu intact du ciel.Cet enfant là reste en prière, agenoillé derrière ses yeux. L 'enfant : ce coeur guettant son dû, cette promesse qui attend d'être tenue. Cet enfant dont il porte le reproche ou la plainte n 'est il pas celui dont on raconte qu 'il naquit naguère sur la paille pour mettre fin à la misère du monde et dont pourtant rien ici-bas ne permet de croire qu'ilait jamais vu le jour?

(...)

Il va pieds nus derrière le bleu.

Il marchera longtemps vers l'horizon, sous l'abside fortifiée du ciel, pour le grand sacerdoce de la mer et sa liturgie d'algues sombres.
Dans les basiliques de corail, l'infini, parfois, plie les genoux.
C'est ici le logis incertain des dieux, leur cahute, leur cabane de vent, leur gibet de fer où suspendre la lessive de leurs robes blanches.
L'oreille collée contre le sommeil agité des cieux, la mer écoute et berce un peu le souvenir d'anciennes prières dont les paroles depuis longtemps sont perdues, loin quelque part au large, au fond de la cervelle des anges.

Il reste un carré de bleuets près de la porte du cimetière.

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JEAN-MICHEL  MAULPOIX

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porte_ouverte