On dit ma vie ; quelle présomption ! Rien ne nous fut donné, rien n’est jamais acquis. Nous avons tremblé, éphémère ébranlement dans l’ouverture apparente du monde, dans le feuillage frémissant du possible. Il ne reste qu’une existence derrière soi et l’évidence de plus en plus criante qu’il n’est que de mourir. Tout est allé si vite, nous ne tenons de rien la certitude d’avoir vécu.

Le singulier, la marque de la personne, les signes du destin, autant d’apanages illusoires. Notre présence au monde se gagne en y renonçant. Nous accompagnerons les choses les plus humbles (cailloux, feuille morte, objet futile) que notre main accueille et relance. Ainsi circule la sève d’exister : dons, jeux, sauts, marelle, poème, instants insaisissables, chance du vide où couler serait enfin vivre le rien sans espoir si proche du rien qui nous talonne ou nous précède, volée de papillons dans les menthes.

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GASTON  PUEL

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