vendredi 30 octobre 2009
MELOS - LES VOIX DE LA MEDITERANNEE, FESTIVAL DES MUSIQUES SACREES DE FES
AMADOU HAMPATE BÂ
L'écriture est une chose et le savoir en est une autre. L'écriture est la photographie du savoir, mais elle n'est pas le savoir lui-même. Le savoir est une lumière qui est en l'homme; héritage de ce qui lui a été transmis. La parole EST l'homme. Le verbe est créateur. Il maintient l'homme dans sa nature propre.
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AMADOU HAMPATE BÂ
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LA PREMIERE ET DERNIERE LIBERTE...Extrait
En général nous avons des possessions parce qu'en dehors d'elles nous n'avons rien : nous sommes des coques vides, nous ne possédons pas. Nous remplissons nos vies de meubles, de musique, de connaissances, de ceci ou cela. Et cette coque fait beaucoup de bruit, et ce bruit nous l'appelons vivre, et avec cela nous sommes satisfaits. . JIDDU KRISHNAMURTI . |
HEROS-LIMITE...Extrait
La beauté de ton sourire
Ton sourire en cristaux
Les cristaux de velours
Le velours de ta voix
Ta voix et ton silence
Ton silence absorbant
Absorbant comme la neige
La neige chaude et lente
Lente est ta démarche
Ta démarche diagonale
Diagonale soif soir soie et flottante
Flottante comme les plaintes
Les plantes sont dans ta peau
Ta peau les décoiffe
Elle décoiffe ton parfum
Ton parfum est dans ma bouche
Ta bouche est une cuisse
Une cuisse qui s’envole
Elle s’envole vers mes dents
Mes dents te dévorent
Je dévore ton absence
Ton absence est une cuisse
Cuisse ou soulier
Soulier que j’embrasse
J’embrasse ce soulier
Je l’embrasse sur ta bouche
Car ta bouche est une bouche
Elle n’est pas un soulier
Miroir que j’embrasse
De même que tes jambes
De même que tes jambes
De même que tes jambes
De même que tes jambes
Tes jambes jambes du soupir
Soupir du vertige
Vertige de ton visage
J’enjambe ton image
Comme on enjambe une fenêtre
Fenêtre de ton être et de tes mirages
Ton image son corps et
son âme ton âme
Ton âme et ton nez
Etonné je suis étonné
Nez de tes cheveux
Ta chevelure en flamme
Ton âme en flammes et en larmes
Comme les doigts de tes pieds
Tes pieds sur ma poitrine
Ma poitrine dans tes yeux
Tes yeux dans la forêt
La forêt liquide
Liquide et en os
Les os de mes cris
J’écries et je crie de ma langue déchirante
Je déchire tes bras
Tes bas délirant
Je désire et déchire tes bras tes bas
Le bas et le haut de ton corps frissonnant
Frissonnant et pur
Pur comme l’orage
Comme l’orage de ton cou
Cou de tes paupières
Les paupières de ton sang
Ton sang caressant palpitant frissonnant
Frissonnant et pur
Pur comme l’orange
Orange de tes genoux de tes narines
De ton haleine de ton ventre
Je dis ventre mais je pense à la nage
A la nage du nuage
Nuage du secret
Le secret merveilleux
Merveilleux comme toi-même
Toi sur le toit somnambulique et nuage
nuage et diamant
C’est un diamant qui nage
Qui nage avec souplesse
Tu nages souplement dans l’eau de la matière
De la matière de mon esprit
Dans l’esprit de mon corps
Dans le corps de mes rêves
De mes rêves en action
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GHERASIM LUCA
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PLUIES DE NEW-YORK....Extrait
« La pluie de New York est une pluie d’exil. Abondante, visqueuse et compacte, elle coule
inlassablement entre les hauts cubes de ciment, sur les avenues soudain assombries comme des fonds de puits. Réfugié dans un taxi, arrêté aux feux rouges, relancé aux feux verts, on se sent tout à coup pris au piège, derrière les essuie-glaces monotones et rapides, qui balaient une eau sans cesse renaissante. On s’assure qu’on pourrait ainsi rouler pendant des heures, sans jamais se délivrer de ces prisons carrées, de ces citernes où l’on patauge, sans l’espoir d’une colline ou d’un arbre vrai. Dans la brume grise, les gratte-ciel devenus blanchâtres se dressent comme les gigantesques sépulcres d’une ville de morts, et semblent vaciller un peu sur leurs bases. Ce sont alors les heures de l’abandon. Huit millions d’hommes, l’odeur de fer et de ciment, la folie des constructeurs, et cependant l’extrême pointe de la solitude. « Quand même je serrerais contre moi tous les êtres du monde, je ne serais défendu contre rien. »
C’est peut-être que New York n’est plus rien sans son ciel. Tendu aux quatre coins de l’horizon, nu et démesuré, il donne à la ville sa gloire matinale et la grandeur de ses soirs, à l’heure où un couchant enflammé s’abat sur la VIIIème Avenue et sur le peuple immense qui roule entre ses devantures, illuminées bien avant la nuit. Il y a aussi certains crépuscules sur le Riverside, quand on regarde l’autostrade qui remonte la ville, en contrebas, le long de l’Hudson, devant les eaux rougies par le couchant ; et la file ininterrompue des autos au roulement doux et bien huilé laisse soudain monter un chant alterné qui rappelle le bruit des vagues. je pense à d’autres soirs enfin, doux et rapides à vous serrer le coeur, qui empourprent les vastes pelouses de Central Park à hauteur de Harlem. Des nuées de négrillons s’y renvoient une balle avec une batte de bois, au milieu de cris joyeux, pendant que de vieux Américains, en chemise à carreaux, affalés sur des bancs, sucent avec un reste d’énergie des glaces moulées dans du carton pasteurisé, des écureuils à leurs pieds fouissant la terre à la recherche de friandises inconnues. Dans les arbres du parc, un jazz d’oiseaux salue l’apparition de la première étoile au-dessus de l’Impérial State et des créatures aux longues jambes arpentent les chemins d’herbe dans l’encadrement des grands buildings, offrant au ciel un moment détendu leur visage splendide et leur regard sans amour. Mais que ce ciel se ternisse, ou que le jour s’éteigne, et New York redevient la grande ville, prison le jour, bûcher la nuit. Prodigieux bûcher en effet, à minuit, avec ses millions de fenêtres éclairées au milieu d’immenses pans de murs noircis qui portent ce fourmillement de lumières à mi-hauteur du ciel comme si tous les soirs sur Manhattan, l’île aux trois rivières, un gigantesque incendie s’achevait qui dresserait sur tous les horizons d’immenses carcasses enfumées, farcies encore par des points de combustion. »
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ALBERT CAMUS
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Oeuvre Selim Saiah









