samedi 14 novembre 2009
IL NEIGE DANS LA NUIT...Extrait
Jouons à courir, ma petite Guzine, toi, moi, Dino et puis ma Veroucha, jouons à courir sous la
pluie,
pieds nus, cheveux au vent.
Passons par le boulevard St Michel, à la poursuite d'Istambul,
et tournons autour du jardin de Notre-Dame et de la Tour de Léandre.
Jouons à courir, ma petite Guzine, toi, moi, Dino et ma Veroucha, jouons à courir, à grands cris,
au point du jour, jouons à courir aux heures teintées d'aube.
Jouons à courir avec nos jours passés et à venir, des ailes de mouette à nos pieds.
Ouvrons très grands nos yeux pleins de soleil et de vent sur le monde
et que Colin et Maillard, les maudits, ne puissent nous rattraper.
Jouons à courir, ma petite Guzine.
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NAZIM HIKMET
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SOURCE
Parle laisse tomber une parole
Bonjour j'ai dormi tout l'hiver et maintenant je me réveille
Parle
Une pirogue glisse vers la lumière
Une parole légère avance à tout voile
Le jour a forme de fleuve
Sur ses rives brillent les plumes de tes chansons
Douceur de l'eau dans l'herbe endormie
Eau claire voyelles à boire
Voyelles parures du front des chevilles
Parle
Touche la cime d'un silence heureux
Ouvre les ailes parle sans cesse
Un visage oublié passe
Tu passes toi-même allure de vent dans un champ de maïs
L'enfance et ses flèches son idole son figuier
Romps les amarres et passe avec la tour et le jardin
Passent futur et passé
L'heure déjà morte et l'heure à tuer
Passent des éclairs qui portent dans leur bec des morceaux de temps encore vivant
Volées de comètes qui se perdent dans mon front
Parle
Mouille les lèvres dans la pierre
fendue qui jaillit inépuisable
Plonge tes bras blancs dans l'eau féconde en prophéties imminentes
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OCTAVIO PAZ
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LA PAROLE EN ARCHIPEL....Extrait
« […] Il n’y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quitté. Où s’étourdit notre affection ? Cerne après cerne, s’il approche c’est pour aussitôt s’enfouir. Son visage parfois vient s’appliquer contre le nôtre, ne produisant qu’un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n’est nulle part désormais, toutes les parties — presque excessives — d’une Présence se sont d’un coup disloquées. Misère de notre vigilance… Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l’épaisseur d’une paupière tirée.
Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant.
À l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d’énigme, soudain commence la Douleur, celle de compagnon à compagnon, que l’archer cette fois, ne peut pas transpercer. »
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RENE CHAR
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A PRIX D'OMBRE
Loin des autres, il se trouble. La solitude l'effraie,
elle lui apprend qu'un homme n'est jamais seul.
Il se salit dans un duel sans adversaire dont la
fatigue corrompt les traits qu'on lui voit. Sueur
et souillures, il a le goût du mal qu'il fait et n'a
même pas le mal dans le sang.
On l'a rencontré nu-tête, couvert de sciures et
de salives, il courait en hésitant, les yeux vides.
Personne ne reconnaît les chemins où il s'est
perdu. Il veut être partout à la fois comme pour
y devancer quelque espérance. Vêtu à tâtons dans
sa hâte de gagner la rue avant l'aube ; il ne voit
pas plus le jour que s'il en était la chute. Avec la
fureur d'exister, il ne craint rien autant que d'apparaître.
Il fuit la lumière parce que la lumière lui ressemble ;
et, lui-même, il est né de cette ressemblance.
Pourquoi se masquerait-il, à tout ce qui s'enfonce,
ce lutteur est lié par la haine de ce qui grandit. A
peine seul, il sent une menace ; il se cherche, ne
se trouve personne. Il retrouve sa vie et elle se
passe de lui. S'il veut courir son existence lui fait
obstacle.
Marche, on dirait qu'il va faire beau.
Rivage ourocher, lave du flot ou la pierre à ton cou, même
un baiser des mers, tout ce qui prend une forme
se pénètre d'un devoir.
Tu as craint l'eau dont on n'apercevait pas le fond
et les endroits où le jour s'était noyé pour te donner tes jours.
Pleure,pleure ta nuit blanche de larmes, tu portes ton
mal sur le visage et le matin que tu déchires est
entré dans ton cour.
Pleure, forme qui brille sur l'ombre humaine
que tu es, tes yeux pleurent une autre clarté de
qui ton visage et ton corps promènent l'ombre
tremblante.
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JOE BOUSQUET
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