Du bout des doigts, le tracé de

sa bouche. Ce comble de l’âme qui

affleurait mes propres lèvres me

débordait – insoumise révolte d’étoiles,

que l’on ne muselle pas, chant, que l’on

n’ensevelit pas longtemps. On peut

tout me refuser, mais l’amour, on ne

me le prendra jamais. Il est si vrai que

ce qu’on nous prend, nous prouvons

par sa perte (serait-elle infime seconde

d’absence) que nous ne l’avons jamais

fait nôtre.

En ce sens déployé, enivrant, bouleversant

comme une senteur, nous ne

perdons jamais la vie. J’ai l’âme tatouée

de quelques signes majeurs, le parfum

nostalgique du jasmin, le ressac de la

mer, le soir – je parle de la Méditerranée,

mais de 1’océan Indien encore,

de l’Atlantique en fouets – 1’insistance

de la mémoire à ne pas se laisser briser,

la peau de vies que j’ai aimées aussi fort

que les mots qui pourraient célébrer la

gratitude de ce qu’elles me donnaient

– de vivre d’aimer.

D’infiniment aimer. Dans ce plein

jour d’être qui illumine le souffle.

Qui pourrait nous voler 1’élan de

dire oui au monde ? Qui peut détruire

la lumière fiancée à l’âme, promesse

de Présence ?

Je ne vis que d’aimer. De tout le

reste je meurs, je m’avance courbée

vers mon au-delà.

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OLYMPIA  ALBERTI

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maria_amaral2

Oeuvre Maria  Amaral