Ton corps que je maîtrise abrite la chair et la douleur de l’homme
             éponyme de tous les jours et poète à chaque heure d’éternité
tant qu’il y aura des femmes telles que toi aux pampres de la terre endormie

pistages au sol de l’amour et de la bien-aimée si belle et si paisible
sous l’haleine des mots

si je sais la gloire et le feu où tant de rêves et tant d’amours honorent l’attente et la magnificence des désirs
Ô belle à la pesée de rare transparence

de si jolies gammes pour un chant de femme au corps des premiers matins
herbe vivante greffée aux premières nations
chemins de veille en silence éphémère de ma maîtresse folle des vents

amante d’homme captif de nuits salées dans la souplesse des regards
je deviens fou de sa chair qui alimente tant de défilés
tant d’aventuriers qui chantent la bergère
la femme sans os haute dans ses rêves
rêves de naïfs maîtrisant les lignes et les mots du mensonge
rêves de pain et de villages où l’enfant s’y joue en chantant

tes yeux de peine et de sel où migrent les oiseaux
ta bouche trémière et pulpeuse où se traînent les rumeurs
tes joues d’affiche qui suent à l’océan de mes caresses
tes seins de continents sans fin à la dérive de mes mains grandiloquentes
et ton ventre et ta hanche et tes cuisses qui gisent
au fond des inventaires et au-delà des promesses de bonheur

de cet amour frisolé il y a lieu de s’évader dans la nuit
de capturer l’éponyme des jours meilleurs
de garrotter le temps ou le chant
ou les joies de l’ivresse

du néant hautain à ma faim de tes empreintes
le poids des jours célèbres qui m’ont frappé tout enfant

tu es celle où meurt mon pur-sang étonné
ma page d’accueil qui mène à ton royaume nu
feu de ta brousse au bord de ma ceinture
ce fut toujours cette route qui s’ouvre sur la volupté

chemin des lèvres et de rêves où chaque geste est signe
où se promène dans le lit ce corps que je maîtrise
que j’ai appris à maîtriser dans les dédales de l’aventure
du sexe à l’infini de mes appels au large de tes vigies

si je sais le don des mots et de l’amour au plus-que-parfait
et tant de femmes
et tant de chairs immortelles
Ô belle au décompte de rares courtisanes

tu es femme à l’odeur de bocage et d’épices
parfum des îles closes de peines et de sueur
mes heures perdues dans la vallée des rumeurs et des bergères

tu es celle où chante mon libéra au buisson de l’amour
mon étrangère des vagues et de la mer
ma source devinée de mon domaine
ce paradis perdu

chemin du corps et de ta chair où chaque geste est vie
où j’ai appris à mesurer le temps de tes caresses
la durée de tes cris déliés dans le tumulte de l’orgasme

chair parmi tant d’autres
que je médite dans mon silence
tes élans fous
tes bonds d’athlète de haute promesse
les liquides de ton corps où goûte la liberté
de l’amante endormie

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SAINT-JOHN  KAUSS

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roger_francois

Oeuvre Roger François