Les voiles de la mort sont venues à nos portes. Les vagues de la terre ont poudré les visages. Le ciel est trop petit pour accueillir les morts et les rues hurlent comme des fantômes blessés sous le masque des vivants.

Haïti !
Haïti !
Au visage de cendre, au ciel couvert de sang, prie d’une voix somnambule la poussière des dieux.
Il y a une nièce, une sœur, un père dont l’absence nous hèle. Ils habitent l’invisible dans un décor de mouches.
Il y a ceux qui dorment debout ou à même les trottoirs. Leurs yeux calcinés refusent de se fermer.
Il y a ceux qui portent sur leur tête le désespoir dans une valise maigre.
Il y a celle qui meurt enceinte sous les pierres du malheur et que l’on tire en vain pour que le soleil pleure.

Haïti !
Haïti s’agenouille auprès des immeubles explosés, des corps tuméfiés et toute la ville marche d’un pas de fossoyeur.
Désastre qu’on emporte dans des draps de fortune.
Désastre d’entrailles quand la vie s’évapore dans un regard d’eau morte.
La mule du malheur court toujours comme une femme folle.

Haïti !
Nous sommes avec vous, hommes de boues sèches et femmes que le silence déchire.
Nous sommes avec vous, enfants de malemort, quand le pays s’en va, de secousses en secousses, dévorer les enfances.
Nous sommes avec vous et nous disons pour vous une parole solidaire.
Parole déshabillée où seule règne une larme.
Vous êtes toutes nos guerres et c’est notre sang qu’un cimetière allume comme un cierge.
Vous êtes l’ombre couchée de nos oublis d’antan. L’éclat dur de nos silences d’antan.
Des siècles ont crié meurtris de tant de cris et les arbres se sont nourris du silence des oiseaux.
Mais la terre demeure !
Mais la vie demeure !
Mais demeurent le sang et la foi des vivants !
Haïti n’est pas mort sous ses paupières de nuit.
Haïti ne mourra pas, trop de poètes l’ont créé !
Nous donnons leur nom au lendemain, au petit jour des mots, à la griffe de l’espoir, au petit peuple faiseur de miracles.
Haïti ! Soleil des carrefours et qui va son chemin de lumière convulsée, d’imprévisible survie parmi les cimetières et la graphie des vents.
Mais la terre demeure !
Mais la vie demeure !
Mais demeurent le sang et la foi des vivants !
Haïti ne mourra pas !
Nous lui tendons les mains pleines d’ancêtres-frères et nous pleurons parce qu’il nous faut pleurer, mais nous écrivons sur tous les murs tombés, au nom de cette enfant ressuscitée au bout de son cauchemar :
HAÏTI NE MOURRA PAS !
HAÏTI NE DOIT PAS MOURIR !
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ERNEST  PEPIN

Faugas, Le 16 janvier 2010
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SEISME_HAITI