Briser sans doute la nuit. Il faut y aller. Oublier et chercher. D’autres fondent, en puisant dans on ne sait quelle démesure, de vastes empires. Ils osent conspuer le trop sordide devenir de la mort. D’autres encore grimacent des parchemins qui rallongent d’un instant la finitude. D’autres osent des monstruosités. D’autres encore choisissent les débandades du rire. Mais toi, le mécréant, tu n’as qu’une vertu. Celle de son corps. Il ne te reste que cet usage qui écartèle tous les manifestes, toutes les propagandes, tous les jeux et tous les mensonges. La nuit est trop bleue. Il faut pourtant la briser. Il faut briser tout ce qui écourte ses grandes invraisemblances. Il faut éroder ses étreintes de suave démêlé. Jaillir des confins, en ce lieu seul réside la jachère des étoiles, en ce lieu seul la mort exhibe un costume de sang, jaillir des confins, plus fort, plus vif, plier le rouge et l’encenser sur les outrages des rides pressenties. Pourquoi es-tu ? Il est parfois des émotions mais ce sont plutôt des rêves, ce sont plutôt des prisons, qui livrent un peuple de venins à ses cils parfois trop las. Il faut donc partir. Chercher sans doute là-bas la puissante audace des faibles. Trainer sur sa peau, son ventre, un voilier, libéré des nuances du vent mais enceinte de toutes les béances de la folie. Briser la nuit donc. Œuvrer tant de beauté à ne plus en pouvoir. Briser la nuit et avec ses fragments composer une étoile dont la lumière est une symphonie de noir. Briser la nuit. Fais- moi l’offrande de toutes tes traces. Ou plutôt de tes ombres. Je ne sais plus. Je ne suis d’aucune autorité. Sauf celle de ton corps. Tout en toi relève de l’infini ou est-ce de l’indéfini. Je ne sais plus. Je ne suis d’aucune demeure. Sauf celle de ton corps. Briser la nuit. Fais-moi l’offrande de cette écorce, rideau de larmes, fragile et fine, qui se love autour ma peau pour en faire une pierre alors que je suis et que je ne peux être qu’un esquif, brisé, brisé, brisé.

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UMAR  TIMOL

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ombre