The Return of the Cranes - Le Peuple Migrateur - Bruno Coulais







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03_03_201011

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Le temps était incertain, menaçant. On sentait poindre le grain à la naissance redoutée de ces rues de nuages instables remontant d'Afrique; l'orage était imminent. Les volutes blanches s'enroulaient dans le ciel, butaient et s'amassaient contre les montagnes ou bien filaient à grande vitesse vers le grand sud en bombes déchiquetées. Elles disaient la véhémence des rafales sous le vent de l'Île et, les pluies à venir par le Sud-Est, sur l'autre versant.
Puis les oiseaux apparurent. Des canards migraient - j'en dénombrai onze - évoluant au ras de l'eau et des falaises de craies. Ils avaient senti bien avant moi les tourments et les tensions de l'air saturé.

A plusieurs reprises, ils croisèrent ma route, s'appuyant au vent, près des flots ou dans le ciel orangé d'un soleil bas et caché, zébré des premiers éclairs. Dans un grondement de tonnerre, le Cap Blanc semblait retourner comme un interminable et sidéral écho l'oracle pesant des cieux futurs.

Je vais et me présente devant les pans d'un temps fracturé, tentant de décrypter le parchemin déchiré de la terre. Aux balcons prisés de viles bévues, les salissures de béton balafreraient à jamais le littoral et ses donjons éternels; je suis ému, pensif, nostalgique d'antiques beautés


Chaque instant plonge comme un verdict, vertical, inexorablement. les blocs demeurent, dessinent avec les vagues les ères et leurs abîmes, les vertiges de la pensée, passagère aux vaisseaux des époques passées ou imaginaires. Là, aux pieds du colosse et des sédiments, retentissent les phrases silencieuses de l'univers, intemporelles puis se perdent en circonvolutions titanesques; un sillage circonscrit et ceint le frêle présent, vacille puis chavire dans l'oubli virginal, sombre dans un songe ouaté.

Je multiplie inlassablement mes échappées vers une limite bien réelle, un gouffre à ciel ouvert qui contiendrait la mer, l'horizon brutal et sans appel, morcelé de tous les espoirs d'un unique intervalle. Je pénètre le défilé des jours battus et effeuillés à la rose parfumée des vents , j'ose un envol dérisoire mais ô combien lourd de symboles


Infime point emporté par le levant pluvieux de mars, je partage le vol majestueux de cet essaim d'oiseaux. Je les suis du regard, ils toisent la foudre et brassent les nuages. Tout de leur vol participe de la vie, du destin, de la vérité même de la grande migration de l'être libre, de l'ordre naturel animé de nécessité

Ici, la mer et le vent rident, fendent le cœur des pierres; alors, que dire du visage buriné des marins au terme de la traversée d'une vie de sel et d'embruns, de celui du nomade aux sables d'or cuisants du désert?

Ils content en silence, ils comblent peut-être le vide et l'absence immenses des grands espaces. Ils n'ont de mots puisés qu'à la source, qu'aux confins du regard cristallin des voyages et des liens, de l'amour éternel

 

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C-G CAMPAGNAC

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03_03_20104