VOUS N’AVEZ NI TOUT DIT, comme vous aviez cru l’avoir fait, ni bien dit ce que vous aviez à dire. La déception vous attend toujours au bout.
La déception, le désespoir: les sentiments honorables qu’il vous soit donné d’éprouver devant l’œuvre achevée.
Tenter à nouveau l’aventure. Vous ne pouvez dès lors échapper à l’appel de l’œuvre à refaire. Qui sera cette fois parfaite.
Le désespoir, s’il se met de votre côté, double la mise et, donc, double votre chance.
La nouvelle œuvre en arrive, tant qu’on y travaille, même à occulter ce sentiment de désespoir. Parce qu’on espère, sans se l’avouer, qu’elle oblitérera toutes celles qui l’ont précédée.
La procédure de création garde toujours ce quelque chose d’irréductible comme un orgueil, ou un mal, caché.
Cette chose, qui ne change pas, qui résiste tel le noyau du fruit quand, dans le même temps, la chair se défait, une chose dont nous ne savons pas si elle est en nous ou quelque part ailleurs: c’est d’elle, aussi aveugle et privée de nom que nous la sentions, que tout part. Pour y revenir, après avoir fait le tour du cosmos?
C’est la parole sauvage du cosmos que l’écriture tente d’apprivoiser, mais sans en finir jamais avec elle.
Nous sommes ainsi infiniment traversés par le cosmos. Et par moment, nous pleurons pour lui.
Il est la robe de chambre de Balzac, dont nous aimerions tous nous revêtir.

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MOHAMMED  DIB

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