J’ai fui, c’est vrai. Et puis après…
Fuir est un naufrage,
une mer sur laquelle tu cherches ton visage, inutilement,
au point de te changer en naufragé de sel,
cristal sur lequel brille la nostalgie.
Fuir a l’odeur de l’espoir, 
sent la certitude et la trahison, 
a l’impression d’être surveillé, d’être perdu 
et il n’y a aucun aimant pour guider 
son pas migratoire insensé.
Fuir semble se nourrir de temps,
respire la distance et regarde, de très loin,
un horizon de décombres.
Fuir a froid et sur la peau de son ventre
résonnent des mots graves courage frayeur pluie.
Fuir voudrait être un poisson des abysses remonté à la surface :
après tant d’obscurité
tant de siècles noyé dans les profondeurs,
les premières gouttes de lumière brillent
sur son échine albinos d’enfant puni.
Mais fuir est un naufrage
et ton visage une poignée de sel
dissoute dans l’écoulement des heures.

Travail de naufragés
mission d’explorateurs
Mais la mer ne nous suffit plus
et la vie a un goût de trop peu
.

GUADALUPE  GRANDE

.

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