Il ne reste rien
rien qu'un bout de vie
un tout petit bout
qui s'accroche
comme un ongle cassé
à la tige haletante
d'un crayon funambule
qui danse
danse comme un fou
suspendu à son fil
son fil noir
défiant à jamais
le rire mystérieux
de l'abîme gourmand…
Mes doigts
tiennent le crayon
et le crayon dessine
la respiration
de ma vie…
Ma vie minuscule
ma vie tout entière
dans le creux
de mes gestes…
Le fil noir
devient image
et l'image
en ouvrant ses mains
invente une fleur
fleur à la bouche innocente
qui trouve des papillons
papillons magiciens
dans la corolle du cœur…
… mais la mine s'épuise
s'épuise
sur l'aile du papier…
Le crayon réduit sa course
et peu à peu l'image
s’habille de poussière…
… Alors l'ombre
l'ombre presque nue
reprend confiance
elle qui souffre tant
du miracle de beauté !
La main ne saisit plus
la belle phalène
sur la branche du soir…
L'imaginaire
n'aurait-il plus la force
de sauter par-dessus
le trait de l'horizon
qui balafre
le visage du rêve
au regard d'enfant ?...
Le crayon s'immobilise
et peu à peu la main
la main se livre
au grand sommeil…
Il ne reste rien
presque rien
du fracas de la nuit…
… Qu'un souvenir distrait
en habit de poèmes
sur les lèvres du matin…
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VICTOR  VARJAC

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satriano3