Une seule étincelle du regard suffit à tout embraser, à tout illuminer. D’où vient ce pouvoir, cette flamme ? De quel embrasement fabuleux, de quel éclair, de quelle explosion primordiale ? Je ne peux le savoir, je n’ai même pas le temps de l’imaginer, car cette lumière est trop forte pour moi, elle anéantit en une fraction de seconde tout ce que j’ai appris et transformé en mots depuis ma naissance. La lumière qui sort des visages parfois me rompt, m’éparpille. Je ne puis être moi-même. Je ne puis plus n’être qu’un.
Aimer, brûler. Sans limite, sans mesure, être celui qui est hors du temps, hors des lois des hommes, hors du cadastre. Brûler d’une simple flamme claire aux rayons qui vont toucher l’infini réel, brûler de sa vie. Espérer, peut-être. Mais être hors de soi-même, avoir franchi sa propre frontière, pour entrer dans l’inconnu, dans la beauté nouvelle..
.Je cherche ceux dont le regard brûle ainsi, leur lumière m’attire comme une clarté réelle. Leur regard contient la force même de la vie, à la fois spectacle et acte. Les mesures temporelles n’existent plus guère. Il n’y a plus de passé, plus d’imaginaire. C’est comme si tout était inachevé, et en même temps évident, tangible, pareil au destin écrit dans les livres. Ceux dont le regard brûle ainsi sont déjà au-delà du monde, car leur regard éclaire jusqu’à la fin de toute durée.

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JEAN-MARIE LE CLEZIO

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