Le temps s'effiloche avec ce nœud, soudain, au creux de l'estomac, ce noeud qui va, vient, s'en va, revient. Pour une image, un mot, un geste, un souvenir trop précis, une similitude de situation ou un ciel un peu trop pur. Je ne sais jamais quand ni comment. Cela fait mal, très mal. Je retiens mon souffle. L'alerte s'en va, sur la pointe des pieds. La barre s'atténue et la pendule poursuit sa marche. C'est ainsi depuis six mois. Ce sera ainsi sans doute très longtemps, peut-être jusqu'à la fin du temps, ou du moins, jusqu'à la fin de mon temps...

Je ne suis pas triste : c'est différent. J'ai dépassé le seuil de la tristesse. Je suis "en manque", comme quelqu'un privé soudain de l'un de ses membres. J'ai mal au cœur comme l'unijambiste souffre de sa jambe disparue.

 

 Vivre autrement, dans l'esprit et dans l'âme, savoir que le monologue est en fait un dialogue perpétuellement renouvelé. Que tu es là, de l'autre côté et qu'il faut parvenir à percer le mur qui, trop souvent, cache le regard, efface la chaleur de la voix, diminue la portée du sourire. Le mur, ce combat permanent avec le mur. Le mur du silence, le mur de la solitude. Le mur du gouffre sans fond que semble déverser le temps.

 

 Ce n'est pas vrai que l'on s'habitue. Ce n'est pas vrai que le temps efface. Sinon qu'il fait que rien n'a plus le même goût, la même saveur. Ni l'air que l'on respire, ni la chaleur du soleil, ni l'éclat du ciel ni même la beauté de la mer. Il y a toujours ce "manque" impossible à combler, quoi que l'on fasse, quoi que l'on devienne, qui que l'on rencontre, quelles que soient les ruses que l'on utilise. C'est cela, la séparation : cette différence entre ce qui était et ce qui est. A la longue, peut-être cela devient-il moins douloureux, moins cruel?

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NICOLE CHAUVET-CHAVINIER

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Oeuvre Duan Alt