DSC06545

Rachid Taha, sur la Scène du 12 ème Festival Porto Latino à San Fiurenzu

Capicorsu chante Barra Barra, Gana el Hawa !

 

Comme si il eût voulu, sachant qu’il ne l’aurait jamais pu, se dissimuler, apparaître lentement au public, se dévoiler peu à peu pour gagner en toute confiance la scène envoûtante et magique de la Citadelle de San Fiurenzu, Rachid Taha devient pour un soir, pour une nuit fraîche et étoilée de ce mois d'Août, l’hôte du Festival - Porto Latino - de cette douzième édition fantastique, très Thématique.


Vêtu d’un complet vert espérances, coiffé d’un chapeau lui masquant et ombrant le visage, l’Artiste fait une entrée remarquée, énigmatique pour qui ne l’aurait jamais vu… L’enfant terrible du Rock El Casbah, de l'ancien Groupe  " Carte de Séjour ", de ces morceaux cultes " Barra Barra "  - Écoutez absolument ce morceau - , du Rock inépuisable et soumis au génie des Êtres atypiques, est bien là, devant nous, à nous serrer la main, à toucher le public jusqu'à l‘invectiver plusieurs fois, selon les enjeux et les thèmes choisis, afin qu‘il réagisse et entre de plein pieds dans la scénographie du Raï, du corps lascif, de la mélodie langoureuse ou mélancolique, de la musique festive de la petite Kabylie _ sa Terre d'origine _ de la révolte parfois...


Ce ne sera pas sans saluer " la République Corse ", Paoli, une Île à part qu’il semble aussi louer, l’histoire de la Corse en avance sur son temps et, ne jouant pas sur les vocables prometteurs et le concept de République, que Rachid Taha entame un concert qui restera dans toutes les mémoires du Festival.


Son orchestre donnera le ton, avec le Oud effleurant les confins de la Sierra Nevada, la mélancolie Flamenca, des percussions à la batterie dignes des plus fidèles et pures influences revenues des mélodies algériennes, une basse et une guitare électrique qui nous transportent et voyagent avec nous dans l’univers du Rock alternatif, évolutif, du Punk, de la Soul parfois. Et les flûtes traditionnelles, le Ney, viennent adoucir les accords majeurs et rageurs d'un courant musical à part lancinant, qui galvanise. L'ensemble artistique nous ouvre un grand jeu sur l’échiquier de la " Musik Libre ", d'une Musique sans Frontières, où pleuvent les notes et les tons de la Fusion, sourdent les Racines, se révèlent enfin ces ancrages indéfectibles à la Culture et aux ferments féconds d'une Terre de tourments, déchirée: l'Algérie.

 

Artiste très engagé et au franc parler, fortement ancré dans la popularité et la masse des jours - sans - et du quotidien, Rachid Taha chante, témoigne, s’exprime avec une sensibilité et une affectivité débordantes, sans concession, ciblant ses attaques au cœur des pouvoirs pour y dénoncer les sempiternelles distances, les blessantes bévues, les incontournables césures, fractures. On y entrevoit souvent les traces d'une profonde souffrance, de pénibles ressentis qu'il extériorise dans ses compositions, un besoin aussi de communication, des titres de chansons très évocateurs ...
Surement très proche de l’Homme, il fond sur l’exclusion, la discrimination et nous donne le meilleur de lui-même, avec une générosité sans égale, des mimiques et une présence qui ne trahiront jamais le public qui les ressent et les interprète avec lui, ses musiciens.

 

Et l'on ne saurait être plus indélicat, en fustigeant l’homme et ses largesses, dans la presse quotidienne, lui balançant entre «  le thé à la menthe et le houblon « , quelques pointes mal aiguisées, venant de surcroît de la part de celles ou de ceux qui savent plus encore meubler leurs fins de semaines en toutes complaisances et rituelles bombances, parachutés sur les strapontins de la notoriété, saisissant en même temps toutes les aubaines.
Lorsque l’on reçoit un Artiste de cette envergure, que l’on écoute sa Musique et ses créations, alors que l' Acteur lui-même vient s’offrir en partage au voyage musical, il n’est pas de bon aloi ni dans les mœurs coutumières de l’hospitalité insulaire de le fustiger ainsi, même à demi-mot, d'en racornir quelques contours .

 

- Qui n'aurait jamais eu d'écarts culinaires ou gastronomiques dans toute une vie? Et puis il faut dire qu'en Corse, surtout dans le Cap, les saveurs sont au rendez-vous de tous les terroirs et de tous les grands crus! -

 

Ses dispositions personnelles, sources vives de tempérament, de caractère, de personnalité, d’originalité, de spontanéité, de créativité ne sauraient à aucun moment être entachées par quelques verres de notre bière nationale, de nos meilleurs vins, goûtés, appréciés et mis à l’honneur sur la table des rencontres et de l’amitié entre les peuples.
Oui, Rachid Taha, ce soir, du début à cette fin de spectacle, que tout le public redoutait parce qu’il ne voulait plus qu’elle survienne et qu'elle fût imminente, inévitable, avec une très profonde émotion, vous avez été l’ambassadeur des Musiques Libres, de la modernité fragile venue se coucher et s’étendre au pieds des racines du ciel, du Raï, de l’Algérie et du peuple de la Terre s’épanouissant sans aucunes entraves.

 

J'écoute votre Langue épouser parfaitement les rythmes et les accrocs d'une modernité précieuse et foisonnante qui nous pousse, où c'est bel et bien la Musique et ses styles qui viennent tout naturellement emprunter le cours de l'Expression souveraine et authentique, aussi bien que celui de la Culture et de vos riches origines.
Immenses souvenirs que je garde au creux de mon âme, «  Jamila « , Ala Jalkoum, Ya Rayah, Rock El Casbah, nous ramènent près de «  Carte de Séjour « , de la nouvelle et « Douce France « , de la France du Président que vous interpellez !
Au diable le vocable pompeux et New Age de la «  World Musique « , cette appellation, la dénomination que vous récusez, Rachid Taha,  et à juste titre, fourre - tout aisé et rappelé par la presse unanime, les masses médias où l’on vient jeter toutes les différences et les particularismes, la légitimité historique d’une diversité honnie, ramenée à l’échelle des nostalgiques de l’exotisme et du Fait Colonial Négationniste.

 

Que votre Musique, que l'Art, dépasse et traverse encore ce monde, qu’elle s'en empare et le visite un moment, avec les passions et au cœur de l’esprit du temps afin qu’il s’infléchisse et s’incurve résolument et toujours vers la Fraternité et l’amour, vérités que vous avez si souvent invoquées, ce soir parmi nous tous, avec nous tous, dans le grand ciel du Cap Corse et du Nebbiu.

 

Voici donc, pour Emmila, Rachid TAHA,

vu et perçu par un amoureux de la MUSIK LIBRE, avec ses pensées, toute l ‘émotivité que suscite la rencontre entre l’Homme et la Culture, le Respect et la Vie, L’espoir et l’Art!
Avec une Playlist, ces très bons morceaux joués avec la ferveur rapprochée et fusionnelle du Live, des photos aussi - tirées de séquences vidéos, ne voulant pas infliger aux Musiciens et au Chanteur les désagréments du Flash si proche de la scène -
J'espère ne pas décevoir les Lectrices et Lecteurs et, s'il revient à San Fiurenzu, nous honorer de sa présence au Festival du Porto Latino, alors, allez le voir, le rencontrer,le découvrir ou l'apprécier à nouveau

.

.

.
CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC

.

.

.

20100807004415_2_

Rachid TAHA chante : " Ya Rayah "