Solitude solaire et souveraine.
Silence qui s'accumule et qui songe.
Là, entre terre et mer - moment exact de la connaissance - ma mémoire échangée contre le torride de l'air.
Reste d'accepter le défi, qui mène jusqu'à l'attente.
Pleurs de résine.
Comment sortir du cercle de crainte et du rien où nous brûlons ?


Ici les pierres se nourrissent de soleil, et l'homme cherche dans leurs craquelures des réponses  à sa soif. Ainsi sans doute naît la lumière.

Marcheur, j'avance dans mon ombre. Unique chemin. Seule loi.
L'avenir est toujours derrière nous, qui nous tient la main. Inutile de se retourner. Demain il sera trop tard.
Pour voir, il suffit de traverser l'heure.

En quel matin un autre moi-même partagera t-il le secret de la lumière en fleur ?
( Seuls les ossements de la terre pourraient confesser des chemins de survie, mais le courage me manque d'aller vérifier si le courage des morts est plus tenace que celui des vivants ).
Le silence même est habitable.

Là, sur une place d'herbes folles, où des ruines s'inventent désespérément un futur, absent de tout, je n'attends rien que la brève embuscade qu'ombre et lumière tendent depuis l'aube à mon corps au verbe d'air.

( "N'éveille pas le silence, dit la racine du chêne centenaire. Plus rien ne sert de courir.")

(...)

Là, dans les limites avides du temps, où l'écorce se combine une autre apparence, prisonnier de lumière, je cherche les instances de parme où je pourrai témoigner de la beauté d'une figue mûre fendue avec des doigts fous de désir.

(...)

Insaisissable, insaisi, le silence palpite au bord de la margelle.
Pourtant rien n'est encore issu et le vent se cherche des ailes au hasard d'un vol d'oiseau migrateur.
Mais si l'hirondelle ne dit mot, qui donc devra parler ?

(...)

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JEAN-CLAUDE  IZZO

( Loin de tous rivages )

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