J'écris, mais cette voix habillée de mes mots n'est pas tout à fait mienne
Du secret de ma conscience un chant surgit
Il est clameur
Il est séisme
Et, bouleversée, saisie, j'écris
J'écris des phrases qui me possèdent
Sont-elles de moi ?
L'émotion qui me traverse est foudre frappée sur un tambour de chair

Qui hante ma mémoire?
Quelles voix ont pris possession de mon âme ?
Je sais des histoires
Elles tourbillonnent en moi, infatigable remous
Je sais des récits de chaque instant, cauchemars vivants devenus légendes au présent

Mais les paroles insistent à dire le mal
Tant de mots se bousculent aux portes de la souffrance
Je deviens ligne brisée
A jamais trop tendue sous les stigmates de la peine
Je deviens peau hurlante
En proie à la percussion de milliers de mains que je n'ai jamais prises

Ce sont des femmes
Je l'ai dit et redit
Une humanité de femmes peuple mes murs
Et des hommes me disent "Mais comment est-ce possible?"
Ce sont des femmes cette douleur à chacun de mes mots
Le féminin est ma demeure et j'écris

Nomade d'un temps et d'un espace jamais hospitaliers
J'écris dans l'exil d'une voix toujours dépossédée
J'écris d'une encre dont le noir n'est pas de mon fait
J'écris ces voix à l'impératif de la négation
J'écris leur soif, leurs désirs, tout le plaisir
Et je suis cette soif, ce désir, tout ce plaisir

Chaque signe tracé inscrit le corps
Jouissance
Souffrance
Chaque signe est serment
Mot d'une histoire sur l'envers de mon regard
Quand au-dedans, dans le silence d'après la dernière lettre
Résonnent encore les souffles qui me hantent
Et nul sommeil ne me vient
Nul répit n'est possible

Le silence ne promet qu'un vent de tempête, un mal à honnir
Avec des mot pour seul tambour dans le combat
Avec des mots pour seul bijou dans la danse
Ni arme
Ni voile
J'écris
Et cette voix qui transperce ma main est une déchirure venue du fond des âges
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LEILA  ZHOUR
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Paul_Ranson___Zwei_Akte

Oeuvre Paul Ranson