La poésie aujourd'hui est une bonne robe parce qu'elle emprunte et parce qu'elle est douce à
enlever. Mais quoi dessous ?
Des oies qui rejoignent la mer au moment où la pluie tombe sur le pays d'Auge.
La poésie est le vêtement ana-logue.
Haute robe - Ôte robe.
Elle est de l'air dans une cloche et du secret commun.
Elle est la peau. Je bois à plein verre ses baisers, mouillures, coulures de papiers, pleines
pages. Et le bruit d'écrire comme du petit ongle sur une robe volée, la trousse d'une chambre
ouverte, une pomme de terre cuite à l'eau.
Bonne robe contre le vent velours c'est la robe qu'on salue.
Ventre de son bord de louve c'est le broc !
Trêve de noces,
Rien d'offensant !
La poésie, non !
La poésie c'est la robe sanglante de César percée par trente mains et la brutalité de telle
déchirure suscite l'image d'un bûcher où jeter le corps. Que le feu la fumée fassent un rucher de
cette chair crépitante et coulent les abeilles graisseuses !
Ô comme elles roulent en criant de la robe du corps !
La poésie c'est ça : mettre le feu dans un lieu riche où l'on renverse tout : longue chemise par
excellence fourrée de galons bouillonnés qu'on découpe et qu'on donne comme l'écriture échancrée,
fendue, où l'échange est un regard évidé ouvert à l'envers mais qui laisse entrevoir des tiges de
guingois.

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PIERRE  LARTIGUE

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Oeuvre  Salvador Dali