Blanc, raffiné, plein d’esprit,
le sel devant les condiments
tenait avec certain mépris
des discours, des boniments,
dont la teneur outrancière
humiliait poudreux et huileux.
Mais le sel, de toute manière,
n’a pas à être mielleux.
Le poivre en particulier,
son fidèle accompagnateur
à table comme au vaisselier,
craignait le conservateur.
« Voyez comme on me saupoudre,
lui dit le chlorure de sodium,
alors que vous, il faut vous moudre!

Qui de nous est gentilhomme?
Des doigts délicats me sèment,
on vous écrase, on vous mouline.
Point de palais où l’on ne m’aime.
On craint vos grains comme des épines.
Vous êtes noir, piquant, grossier,
vous ramenez l’instinct sauvage
dans les plus nobles et fins gosiers.
Les poussières qui se dégagent
de votre peau mal tannée
font aux humains pire que des rhumes,
si vous passez près de leur nez.
Alors que moi, je rallume
les regards des femmes évanouies.
Avec vous, poivres et piments,
je trouve dégradant et inouï
de partager l’assaisonnement!
Nous ne sommes pas de la même race!
Je suis la richesse, la saveur.
Ne venez pas gâcher mes traces,
ni me souiller de vos couleurs! »

 

Ainsi jusque sur nos tables
s’impose la raison du plus blanc.
Le noir à coup sûr est coupable…
De quoi? D’être, et d’être troublant.
Poivre et sel pourraient s’unir
autant que l’huile et le vinaigre…
Mais on n’a pas le même avenir
quand on est blanc, quand on vit nègre.

 

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YANNICK NEDELEC

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