Je m’enfuyais dans la chevelure éparse de la ferme. Le foin de juin s’étant rassis dans les greniers, je me glissais contre les toits. J’y demeurais à plat, écoutant les moineaux marcher juste sur ma figure, sur l’autre face de l’ardoise. Je creusais le terrier où vivre d’une tiédeur montée de l’étable. Les sons ne me parvenaient qu’étouffés, plainte des dindes, manche de fourche heurtant le mur. Je savais la mesure du foin, il fallait chaque année attendre le printemps pour voir les greniers presque vides. Alors marchant sur le tapis épais des graines déposées, j’ouvrais vers la mare les fenêtres de mon domaine, les portes des goulets.

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Les secrets de la terre s'infiltraient, tels le mince courant vénéneux qui nourrit la tige des solanées, mêlés au sang qu'ils enivraient. Avec leur apparente joie et ce qu'ils croyaient être l'insouciance, hommes et femmes étaient les proies de la puissance végétale.


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JEAN-LOUP  TRASSARD


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Oeuvre  Julien Dupré