Rien n’est éphémère, ni la douleur ni le plaisir.
Nous courrons d’une porte à un arbre solitaire,
d’un pont à une grotte gardienne du temps.
Chaque regard est une découverte achevée.
La pluie est le soleil que dissimulent certains nuages.
Notre parole est un cri irrévocable dans le néant.
Nous écrivons un nom, celui de quelqu’un que nous ne connaissons pas.
Nous prions dans le temple déserté de l’oubli,
et rêvons de Dieu enchaîné à sa douleur.
Nous sommes des pèlerins sans foi au milieu du désert
et nous nous endormons sur le sable blanc en contemplant l’univers.
Pour survivre, parfois, nous imaginons un ami,
nous lui offrons un nom et, habités par son souvenir,
nous égarons dans une forêt de mots vagabonds.
Nous affirmons venir d’un autre peuple et ils nous confondent
avec les pleurs que laissèrent ceux qui s’en furent.
Nous ne gardons rien du silence que nous offre
le sort, le destin auquel nous ne souhaitons jamais être attachés.
Comme cet obscur passé, nous marchons sur l’herbe
pour atteindre le souvenir laissé par d’autres pèlerins.
Dans une rue nous croisons le sourire d’un inconnu,
puis nous nous asseyons sur une pierre pour contempler
les empreintes qui restent dans l’herbe,
et ton visage qui dans la pénombre reste en attente,
ami, frère, de la parole qui nous sauve.

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MAMANI  MACEDO

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Oeuvre Odilon Redon