Toute poésie est avant tout une voix, et celle-ci plus particulièrement.
Elle est un appel qui retentit longuement dans la nuit,
et qui entraîne peu à peu l’esprit vers une source cachée, en ce point du désert de l’âme où,
ayant tout perdu, du même coup on a tout retrouvé.
Poésie intérieure, qui tend au silence, mais silence peuplé de mille voix sans timbre,
les voix des devenirs qui s'achèvent dans l'être vivant que nous sommes, en l'instant précis où nous nous éprouvons comme un être unique et prédestiné dans la chaine des êtres.
Mais avant que j’eusse distingué dans ces chants la voix d’un peuple d’ombres et de vivants,
la voix d’une terre et d’un ciel, ils étaient pour moi le mode d’expression singulier,
la langue personnelle de ma mère.
Je ne saurai dire le pouvoir d'ébranlement de sa voix, sa vertu d'incarnation.
Elle n'en a pas elle-même conscience et ses chants ne sont pas pour elle des œuvres d'art,
mais des instruments spirituels dont elle faisait usage, comme d'un métier à tisser la laine...
elle chante surtout pour endormir et raviver perpétuellement une douleur d'autant plus douce
qu'elle est sans remède, intimement unie au rythme des gorgées de mort qu'elle aspire.

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JEAN AMROUCHE

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