Écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres.

Blaise Cendrars, L'Homme foudroyé, 1945

 

 Ce goût de cendre, quand donc nous quittera-t-il ? Et cette mélancolie des plus noires, — celle des ruines. Faut-il toujours des ombres pour voir la lumière ? Et puis, il faut convenir qu’il en est ainsi. On voit cela de la sorte et pas autrement. La Restauration gouverne avec ses semblants. — Ses semblants d’ordre, de paix, de sécurité. Or, si la ruine est inscrite dans les choses humaines, — la renaissance aussi y déploie son souffle. Toujours les tisons couvent dans la cendre brûlante.

 

La force du fait accompli gère les apparences, mais une autre loi régit tous les phénomènes. Celle de l’instabilité, celle du devenir, avec l’éclair comme sceptre, — feux verts du combat. Tantôt la bonace, l’azur, — et les flots déchaînés. Nés de la colère, les soulèvements furieux ; ce n’est pas leur cynisme qui les arrêtera ! La plume, toujours la plume, elle crie contre l’épée, à l’heure saignante des noirs ciseaux d’Anastasie. J’entends sonner les cloches, — non pas celles des rameaux.

 

— Vois, l’inattendu brille d’incroyables merveilles, derrière la porte fermée dort un trésor caché. Tant d’hommes en un pays, si rare est la merveille. Si peu sont ceux qui fondent la nation éminente... Et, sur les doigts d’une seule main se comptent les prodiges. Des siècles d’hommes sont nécessaires pour l’homme unique. Son envergure d’esprit se mesure à ses traces. — Les chiens de la postérité n’ont pas de flair. Aveugles, ils courent en meutes, où vont leurs maîtres, mais le poète renaît toujours de ses cendres.

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SERGE  VENTURINI

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gasparian

Œuvre Armen  Gasparian